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Peut-on devenir pervers narcissique ? Comprendre et changer ses comportements narcissiques

Photo du rédacteur: Charles CROUZAT
Charles CROUZAT
2 août 2020
9 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 août

Il est parfois plus facile de se demander si l’autre est pervers narcissique que de se poser une question beaucoup plus inconfortable : « Et si certains de mes propres comportements faisaient souffrir les autres ? »


Cette interrogation peut devenir particulièrement angoissante lorsqu’on a soi-même grandi auprès d’un parent très narcissique, contrôlant, humiliant ou utilisant beaucoup l’enfant pour répondre à ses propres besoins affectifs.


Je peux avoir passé des années à me promettre de ne jamais lui ressembler. Puis découvrir, dans mes propres relations, des réactions qui m’inquiètent : besoin d’avoir raison, difficulté à reconnaître mes torts, peur excessive du rejet, besoin d’être rassuré sur ma valeur, dévalorisation de l’autre lorsque je me sens blessé, colère lorsqu’il s’éloigne ou difficulté à réellement entendre ce qu’il éprouve.


Une question peut alors surgir : peut-on devenir pervers narcissique ?


Reconnaître en soi certains comportements narcissiques ne signifie pas nécessairement être un « pervers narcissique ». Cela peut en revanche devenir une occasion précieuse d’interroger son fonctionnement : pourquoi ai-je besoin de l’autre de cette manière ? Que se passe-t-il en moi lorsque je me sens critiqué, abandonné ou insuffisant ? Pourquoi est-il parfois si difficile de reconnaître la souffrance que j’ai pu provoquer ?


Et surtout : est-il possible de changer ?


La lune à deux faces, pourtant on voit toujours la même. Aller voir la face sombre demande plus de volonté et plus d'énergie. - Crédits photo : Juhasz Imre
La lune à deux faces, pourtant on voit toujours la même. Aller voir la face sombre demande plus de volonté et plus d'énergie. - Crédits photo : Juhasz Imre

Peut-on devenir pervers narcissique ?


La question suppose d’abord de préciser ce que l’on entend par « pervers narcissique ».

Cette expression est aujourd’hui extrêmement répandue. Elle est souvent utilisée pour désigner une personne manipulatrice, dominatrice, peu empathique ou particulièrement destructrice dans ses relations.


Mais le terme « pervers narcissique » ne correspond pas à un diagnostic psychiatrique officiel. Il ne faut notamment pas le confondre automatiquement avec le trouble de la personnalité narcissique.


La notion de perversion narcissique appartient notamment à l’histoire de la pensée psychanalytique et a été développée par le psychiatre et psychanalyste Paul-Claude Racamier. Son utilisation dans le langage courant s’est ensuite considérablement élargie.


Il est donc difficile de répondre sérieusement à la question « suis-je devenu pervers narcissique ? » comme s’il existait une catégorie simple dans laquelle une personne entrerait ou n’entrerait pas.


Une question me paraît souvent plus féconde : est-ce que je reproduis certains comportements narcissiques, défensifs, contrôlants ou destructeurs qui font souffrir les autres et dont j’aimerais comprendre l’origine ?


La connaissance de soi permet de lever le voile sur les mécanismes inconscients et ainsi retrouver du pouvoir d'agir pour se transformer. - Crédits photo : Juhasz Imre
La connaissance de soi permet de lever le voile sur les mécanismes inconscients et ainsi retrouver du pouvoir d'agir pour se transformer. - Crédits photo : Juhasz Imre


Avoir des comportements narcissiques signifie-t-il être pervers narcissique ?


Non. Le narcissisme appartient au fonctionnement psychique humain. Nous avons tous besoin de pouvoir maintenir une représentation suffisamment positive de nous-mêmes, de nous sentir dignes d’amour, de reconnaissance et de respect.


Nous pouvons également tous avoir, dans certaines circonstances, des réactions narcissiques peu glorieuses.


Lorsque je me sens humilié, rejeté ou profondément blessé, je peux me défendre. Je peux chercher à avoir raison, devenir moins disponible à ce que ressent l’autre, lui attribuer de mauvaises intentions ou tenter de restaurer une image plus favorable de moi-même.

Reconnaître ces mouvements ne signifie pas que toute personne qui se défend, manipule parfois, ment, se montre égocentrique ou blesse quelqu’un souffre d’un trouble de personnalité.


Ce qui mérite davantage d’être interrogé est la répétition : ces comportements apparaissent-ils régulièrement ? Dans plusieurs relations ? Suis-je capable de reconnaître ce que j’ai fait après coup ? Puis-je éprouver de la culpabilité sans être entièrement détruit par elle ? Puis-je entendre le vécu de l’autre lorsqu’il diffère du mien ?

La capacité à se poser ces questions est déjà plus informative que l’étiquette que l’on pourrait chercher à se donner.


Le narcissisme appartient au fonctionnement psychique humain. - Crédits photo : Pexels
Le narcissisme appartient au fonctionnement psychique humain. - Crédits photo : Pexels

Pourquoi peut-on reproduire les comportements d’un parent narcissique ?


C’est l’un des paradoxes les plus douloureux de notre histoire psychique : nous pouvons parfois reproduire précisément ce que nous avions juré de ne jamais devenir. Cela ne signifie pas que la transmission soit automatique.


Avoir grandi auprès d’un parent narcissique, instable, contrôlant ou peu disponible émotionnellement ne condamne évidemment pas un enfant à devenir identique à lui. Mais l’enfant apprend la relation à travers les relations qu’il vit.


Nous apprenons ce qu’est une relation dans notre famille

Si l’amour a longtemps été associé au contrôle, à la culpabilité, à la peur de décevoir ou à l’obligation de répondre aux besoins émotionnels d’un parent, certaines de ces manières d’être en relation peuvent devenir familières.

Même lorsqu’elles nous ont fait souffrir.

À l’âge adulte, nous pouvons alors les reproduire sans en avoir pleinement conscience.



Nous pouvons nous identifier à celui qui nous a fait souffrir

Il arrive également que l’enfant intériorise certaines manières de fonctionner de l’adulte.

Face à un sentiment d’impuissance, s’identifier à celui qui possède le pouvoir peut constituer une manière de ne plus occuper uniquement la position de celui qui subit.

Plus tard, certaines de ces défenses peuvent réapparaître dans nos propres relations.



Nous pouvons aussi reproduire le schéma depuis la position inverse

La répétition n’est pas toujours une imitation.

Je peux avoir souffert d’un parent qui prenait toute la place et décider que, moi, je ne prendrai jamais de place.

Je deviens alors extrêmement conciliant, disponible, attentif aux autres. Mais si toute mon estime de moi dépend progressivement du fait d’être indispensable, aimé ou reconnu comme quelqu’un de « bon », l’autre peut malgré tout finir par occuper une fonction essentielle pour maintenir mon équilibre.

Le scénario semble inverse. Pourtant, la dépendance au regard de l’autre peut rester très importante.

Sortir de la répétition ne consiste donc pas simplement à devenir l’opposé de son parent. Il s’agit progressivement de construire une manière plus libre d’être soi-même et d’être en relation.


La répétition n’est pas toujours une imitation. - Crédits photo : Wix
La répétition n’est pas toujours une imitation. - Crédits photo : Wix


Quel rôle joue la blessure narcissique ?


Certains comportements relationnels difficiles peuvent prendre une intensité particulière lorsque notre estime de nous-mêmes est très fragile.


Une critique n’est alors plus seulement une critique : elle peut être vécue comme une remise en cause profonde de notre valeur. Une séparation n’est plus seulement la perte d’une relation : elle peut réveiller un sentiment d’effondrement.


Reconnaître avoir blessé quelqu’un peut également devenir particulièrement difficile si cela menace une représentation de soi que nous avons besoin de maintenir absolument positive.


Différentes défenses peuvent alors apparaître : déni, justification, projection de la responsabilité sur l’autre, dévalorisation ou tentative de restaurer sa valeur par le regard d’autrui.


J’aborde beaucoup plus précisément ces mécanismes dans mon article consacré à la blessure narcissique et à la faille narcissique.



Comment savoir si je reproduis des comportements qui font souffrir ?


Il peut être utile de déplacer momentanément la question.


Au lieu de me demander : « Suis-je un pervers narcissique ? » je peux essayer de me demander :

  • Est-ce que j’accepte que l’autre puisse avoir une perception différente de la mienne ?

  • Puis-je reconnaître une erreur sans devoir immédiatement me justifier ?

  • Lorsque je me sens blessé, ai-je tendance à vouloir blesser à mon tour ?

  • Est-ce que je dévalorise parfois une personne que j’avais auparavant beaucoup idéalisée ?

  • Ai-je besoin que l’autre me rassure constamment sur ma valeur ou sur son amour ?

  • Est-ce que je respecte réellement les limites de l’autre lorsqu’elles me frustrent ?

  • Puis-je entendre que quelqu’un a souffert de mon comportement même si je n’avais pas l’intention de le faire souffrir ?

  • Ai-je tendance à attribuer systématiquement la responsabilité des conflits aux autres ?

  • Est-ce que certaines de ces difficultés se répètent dans plusieurs de mes relations ?


Aucune réponse positive ne permet à elle seule de poser un diagnostic. Ces questions peuvent en revanche aider à identifier certains fonctionnements qui méritent d’être pensés.


La question la plus importante n’est peut-être pas « quelle étiquette dois-je me donner ? », mais « qu’est-ce que je fais lorsque je me sens menacé dans la relation, et quelles conséquences cela produit-il pour l’autre et pour moi ? »


Certains comportements relationnels difficiles peuvent prendre une intensité particulière lorsque notre estime de nous-mêmes est très fragile. - Crédits photo : pexels
Certains comportements relationnels difficiles peuvent prendre une intensité particulière lorsque notre estime de nous-mêmes est très fragile. - Crédits photo : pexels


Comment ne plus reproduire des comportements narcissiques ?


Prendre conscience d’un comportement qui fait souffrir peut être profondément inconfortable. La tentation est parfois de basculer immédiatement dans une autre forme de clivage : « si j’ai fait cela, alors je suis quelqu’un de mauvais ».


Mais se condamner entièrement ne permet pas nécessairement de changer. Changer suppose plutôt de devenir capable de regarder certains de ses comportements sans les nier, sans les justifier, mais aussi sans réduire toute son identité à eux.



Reconnaître les faits avant de chercher à les expliquer


Comprendre son histoire peut être précieux.

Mais expliquer pourquoi j’ai agi ainsi ne doit pas devenir une manière d’annuler les conséquences de mes actes.

Je peux comprendre pourquoi une situation a réveillé chez moi une peur immense du rejet et reconnaître simultanément que ma réaction a pu blesser quelqu’un.



Apprendre à tolérer une image imparfaite de soi

Si je dois absolument me percevoir comme quelqu’un de bon, juste ou irréprochable, toute critique risque de devenir insupportable.

Le travail psychique consiste aussi à découvrir que je peux avoir commis une erreur, avoir blessé quelqu’un ou m’être mal comporté sans que toute mon identité s’effondre.

Je peux être responsable d’un comportement sans être réductible à ce comportement.



Reconnaître que l’autre possède une réalité différente de la mienne

Dans un conflit, deux expériences subjectives peuvent coexister.

Reconnaître la souffrance de l’autre ne m’oblige pas nécessairement à adopter toute son interprétation des événements.

Et maintenir ma propre perception ne nécessite pas davantage d’annuler la sienne.

Cette capacité à maintenir deux subjectivités distinctes constitue une étape importante pour sortir des relations dans lesquelles chacun doit convaincre l’autre de sa réalité.


Lorsque ce que nous ne parvenons pas à reconnaître ou à contenir en nous semble progressivement se retrouver attribué à l’autre, d’autres mécanismes relationnels peuvent également intervenir. J’aborde notamment cette question dans mon article consacré à l’identification projective.



Tolérer la frustration et la séparation

L’autre n’existe pas uniquement pour nous rassurer, nous aimer, nous admirer ou maintenir notre estime de nous-mêmes. Lorsque la peur de perdre l’autre et le besoin de sa présence deviennent particulièrement envahissants, la question de la dépendance affective peut également se poser.

Il peut nous décevoir. Il peut être en désaccord. Il peut poser une limite. Et il peut parfois choisir de partir. Apprendre progressivement à supporter cette altérité permet de construire des relations dans lesquelles l’autre peut exister comme sujet séparé.



Réparer lorsque cela est possible - sans imposer la réparation

Reconnaître sa responsabilité peut conduire à présenter des excuses, modifier un comportement ou essayer de réparer ce qui peut l’être.

Mais réparer ne signifie pas obtenir nécessairement le pardon ou restaurer la relation.

L’autre conserve sa liberté.

Parfois, le changement consiste précisément à accepter que la réparation de soi ne puisse pas passer par le contrôle de ce que l’autre pense désormais de nous.


Il faut se méfier des réponses absolues du type « un narcissique ne change jamais ». - Crédits photo : Wix
Il faut se méfier des réponses absolues du type « un narcissique ne change jamais ». - Crédits photo : Wix


Un fonctionnement narcissique peut-il changer ?


Il faut se méfier des réponses absolues du type « un narcissique ne change jamais ».


Les possibilités d’évolution dépendent de nombreux facteurs : la nature et la rigidité du fonctionnement, la souffrance ressentie, la capacité d’introspection, la possibilité de reconnaître sa responsabilité et l’engagement dans un travail psychothérapeutique.

Un changement profond ne consiste pas simplement à apprendre à mieux contrôler certains comportements.


Il peut nécessiter de comprendre ce que ces comportements protègent : une estime de soi fragile, une peur de l’humiliation, une difficulté à supporter la dépendance, le rejet ou la séparation, ou encore certaines expériences relationnelles anciennes.


Le travail thérapeutique peut progressivement permettre de mieux reconnaître ces mouvements au moment où ils apparaissent, de supporter des affects auparavant difficiles à contenir et de construire une relation à soi et aux autres moins dépendante de la défense, du contrôle ou de la dévalorisation.


Cela demande généralement du temps.


Mais transformer la question « suis-je définitivement comme cela ? » en « qu’est-ce que je peux commencer à reconnaître et à modifier dans ma manière d’être en relation ? » ouvre déjà une perspective différente.


Psy Lille - Coach certifié HEC Paris Lille - Charles Crouzat
Charles Crouzat est psychologue à Lille et Villeneuve-d'Ascq. Il reçoit en cabinet et visioconsultation.


Quand consulter lorsqu’on s’inquiète de ses comportements relationnels ?


Il n’est pas nécessaire de se reconnaître dans l’étiquette de « pervers narcissique » pour entreprendre un travail psychologique.


On peut consulter parce que certaines relations deviennent régulièrement conflictuelles, parce que l’on supporte difficilement le rejet ou la séparation, parce que l’on découvre des comportements que l’on ne souhaite plus reproduire, ou simplement parce que l’on aimerait comprendre pourquoi les mêmes scénarios semblent revenir.


La psychothérapie offre précisément un espace où il devient possible d’observer ces mécanismes sans avoir besoin de choisir immédiatement entre deux positions : être entièrement victime ou entièrement coupable.


Comprendre son histoire n’efface pas sa responsabilité. Reconnaître sa responsabilité n’oblige pas non plus à se condamner. L’enjeu peut être progressivement de devenir davantage capable d’être en relation avec l’autre sans avoir besoin de le contrôler, de le sauver, de le dévaloriser ou de dépendre entièrement de son regard pour savoir qui l’on est.


Je vous reçois au cabinet de Lille ou de Villeneuve-d’Ascq, ainsi qu’en visioconférence. Vous pouvez également prendre rendez-vous en ligne.

2 commentaires


Gerard
Gerard
03 oct. 2021

Thhanks for writing this

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Charles CROUZAT
Charles CROUZAT
04 oct. 2021
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Thank you for your feedback

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