Pourquoi ai-je autant souffert de cette rupture ? Ce qu’elle a révélé de mon fonctionnement psychique
- Charles CROUZAT

- il y a 10 heures
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Dernière mise à jour : il y a 3 heures
Pourquoi ai-je autant souffert de cette rupture amoureuse ?
Pendant quelques mois, ma réponse m’a semblé évidente. Parce que cette rupture avait été brutale. Parce qu’elle m’avait sidéré. Parce que je ne reconnaissais plus, dans ce qui se passait, la relation que j’avais vécue. Parce que la femme dont j’avais connu le regard aimant semblait soudainement me regarder d’une manière dans laquelle je ne me reconnaissais plus.
Je pensais souffrir parce que je l’avais perdue. C’était vrai. Mais ce n’était pas toute la vérité.
Je commence seulement à comprendre aujourd’hui que cette rupture est venue toucher en moi quelque chose de beaucoup plus ancien que notre histoire.
Lorsque le lien avec quelqu’un que j’aime se défait, je ne ressens pas seulement le manque de l’autre. Une partie beaucoup plus archaïque de moi peut éprouver quelque chose qui ressemble presque à une menace de désorganisation.
Comme si, lorsque l’autre n’était plus là, quelque chose en moi risquait également de ne plus tenir tout à fait ensemble. Et cette découverte change profondément ma compréhension de ce que j’ai traversé.

J'étais sidéré
Alors j’ai fait ce que je sais probablement le mieux faire lorsque quelque chose devient incompréhensible : j’ai essayé de comprendre.
J’ai lu énormément. Des livres de psychopathologie, de psychanalyse. J’ai écouté des conférences, des témoignages, des livres audio. Lorsque je ne pouvais plus lire, j’écoutais. Lorsque je ne pouvais plus écouter, j’écrivais.
J’ai énormément écrit.
J’ai investi intensément ma propre psychothérapie, parfois à raison de deux séances par semaine. J’ai sollicité mes proches. J’ai parlé, pensé, reconstruit, déconstruit. Puis recommencé de façon obsessionnelle.
Pendant un temps, l’objet principal de ma recherche était l’autre : Que s’était-il passé chez elle ?
Cette recherche m’a aidé. Je ne la renie pas. Certaines hypothèses m’ont permis de sortir de la sidération et de redonner une cohérence à une expérience qui n’en avait plus pour moi.
Mais je mesure aujourd’hui la limite de cette démarche. À force de chercher des concepts pour comprendre ce qui s’était passé, je risquais de transformer mes hypothèses sur l’autre en explications de son fonctionnement psychique. Or je ne sais pas ce qui s’est passé en elle. Je peux entendre ce qu’elle a exprimé de son vécu, mais je ne peux ni l’expliquer à sa place ni prétendre connaître son monde intérieur.
Dans la détresse, comprendre l’autre était peut-être ma manière de tenter de retrouver de la maîtrise. Aujourd’hui, la personne dont je peux réellement essayer d’approcher le fonctionnement psychique, c’est moi-même.
Progressivement, une question beaucoup plus inconfortable est apparue :
Pourquoi ce qui s’était passé chez elle avait-il eu un tel pouvoir sur moi ?
Pourquoi la disparition du lien me faisait-elle aussi mal ?
Pourquoi avais-je autant besoin de comprendre ?
Et pourquoi, malgré tous mes raisonnements d’adulte, quelque chose en moi continuait-il à vivre cette séparation comme une catastrophe ?
C’est peut-être là que mon véritable travail a commencé.

J'ai besoin de sentir que les autres sont là
Je viens progressivement de comprendre quelque chose de très simple. Et de très vulnérable à écrire. J’ai besoin de sentir que les gens que j’aime sont là.
Pas nécessairement qu’ils me rassurent toute la journée. Pas qu’ils m’aiment sans interruption. Mais qu’ils existent quelque part dans une continuité relationnelle.
Dans la douleur de la rupture, j'ai pu d’ailleurs observer ce phénomène, avec une intensité moindre, dans des situations beaucoup moins importantes qu’une rupture amoureuse. Un ami qui répond moins. Quelqu’un qui ne répond pas à un message alors qu’habituellement il le fait. Une relation qui semble soudainement devenir plus silencieuse.
Une partie adulte de moi sait parfaitement qu’un ami peut être occupé, fatigué, préoccupé par sa propre vie. Mais parfois une autre partie de moi ne réagit pas à cette réalité-là, particulièrement dans le sentiment amoureux en situation de rupture ou de crise incompréhensible pour ma psyché.
Cette autre partie de moi réagit à quelque chose de beaucoup plus ancien : « Est-ce que le lien existe encore ? » Et parfois même, beaucoup plus profondément : « Est-ce que je tiens encore si le lien ne tient plus ? »
Je commence à mettre le mot d’angoisse de morcellement sur une partie de cette expérience. Je ne l’utilise pas ici comme un diagnostic. Je parle d’un éprouvé. Celui d’une partie très archaïque du psychisme pour laquelle la séparation n’est pas encore seulement : l’autre n’est plus là. Elle peut devenir : quelque chose se défait.

L’amour et le danger appartenaient autrefois à la même personne
Lorsque je regarde mon histoire, cette sensibilité prend un autre sens. Ma première figure d’attachement était profondément imprévisible (malgré elle). Elle pouvait être aimante. Et elle pouvait devenir violente.
Je ne veux évidemment pas confondre ces histoires ni les personnes qui les composent. Les situations adultes que j’ai vécues sont profondément différentes de celles de mon enfance. Ce qui m’intéresse ici n’est pas une équivalence entre elles, mais la possibilité qu’une expérience actuelle très différente puisse néanmoins réveiller une ancienne manière d’éprouver la perte, l’imprévisibilité ou le changement du lien.
J’ai été battu. Je voudrais minimiser cet aspect, mais comment définir l'acte d'être trainé par les cheveux jusqu'à la douche du sous-sol, d'être jeté dedans, et malgré les pleurs intenses, et les demandes d'arrêter, n'avoir pour issue de se calmer sous un jet d'eau froide.
Ce qui reste particulièrement marquant pour moi est peut-être l’imprévisibilité du basculement. La personne que j’aimais et dont je dépendais pouvait être celle auprès de qui je trouvais du lien, puis devenir celle dont il fallait avoir peur.
Comment un enfant comprend-il cela ? Je ne sais évidemment pas exactement ce que l’enfant que j’étais en a construit. Mais j’imagine aujourd’hui la difficulté psychique : la personne dont j’ai besoin pour me sentir en sécurité est aussi celle dont je ne peux jamais totalement prévoir la réaction.
Alors peut-être apprend-on à regarder attentivement. À sentir. À anticiper. À comprendre. À réparer rapidement. À surveiller les variations du lien. Est-ce que tu es encore là ? Est-ce que tu m’aimes toujours ? Est-ce que quelque chose a changé ? Qu’est-ce que j’ai fait ?
Et cette dernière question devient particulièrement importante lorsque l’enfant rencontre également le sentiment de ne jamais être tout à fait assez.

« Ce n’est pas toi qui aurais dû vivre »
Il existe une phrase de mon enfance dont je mesure aujourd’hui autrement la violence.
"Ce n'est pas toi qui aurais dû vivre"
J’ai grandi avec l’histoire d’un frère, Édouard, qui n’avait pas vécu. Et dans certains moments de colère ou de souffrance, il m’a été dit que ce n’était pas moi qui aurais dû vivre. Mais lui. Je ne peux pas savoir exactement ce qu’un enfant a psychiquement fait de ces paroles. Je peux seulement constater ce qu’elles produisent encore aujourd’hui lorsque je m’en approche.
En thérapie, cette question m’a déjà fait pleurer d’une manière presque incontrôlable.
Derrière l’adulte qui réfléchit, travaille, aide, comprend et essaie de devenir meilleur, il semble subsister une question beaucoup plus primitive : « Ai-je vraiment le droit d’être là ? » Et peut-être : « Pour qu’on me garde, dois-je être suffisamment bon ? »
Cette question me bouleverse parce qu’elle déplace profondément ma compréhension de mon perfectionnisme relationnel. Peut-être n’ai-je pas seulement envie d’être quelqu’un de bien. Peut-être qu’une partie de moi a longtemps vécu comme si être bon protégeait le lien.

L’enfant qui se punissait avant même d’être puni
Ma mère racontait quelque chose d’étonnant à mon sujet.
Lorsque je faisais une bêtise, il pouvait m’arriver de me punir moi-même avant même qu’elle ne s’en aperçoive. Pendant longtemps, j’en ai eu une lecture simple : j’avais peur de sa réaction. Alors je préférais anticiper.
Mais aujourd’hui, j’y vois peut-être autre chose. Si l’environnement est imprévisible, il est terriblement angoissant de penser : « La personne dont je dépends peut devenir dangereuse sans que je puisse contrôler ce qui arrive. »
Il existe une solution psychique paradoxalement plus rassurante : « Le problème, c’est moi. » Parce que si le problème est moi, alors quelque chose redevient contrôlable.
Je peux m’améliorer. Je peux me punir. Je peux réparer. Je peux être plus sage. Plus gentil. Plus attentif. Peut-être alors l’autre restera-t-il aimant.
La culpabilité peut ainsi procurer une illusion de maîtrise. Et cette logique, je la retrouve étrangement dans ma rupture amoureuse.

Si c'est ma faute, alors peut-être puis-je réparer
Après la rupture, je me suis énormément remis en question.
Cela appartenait certainement en partie à quelque chose de sain : essayer d’identifier mes erreurs, entendre la souffrance de l’autre, ne pas me réfugier immédiatement dans l’accusation.
Mais ma remise en question est parfois allée beaucoup plus loin. J’ai douté de moi. J’ai relu les messages. J’ai repris les scènes. J’ai cherché ce que j’avais mal fait. Encore. Et encore.
Aujourd’hui, je me demande si cette autoaccusation n’avait pas aussi une fonction beaucoup plus ancienne. Si c’est ma faute, alors il existe peut-être quelque chose à réparer. Et si quelque chose peut être réparé, alors la perte n’est pas encore totalement hors de mon contrôle.
La culpabilité maintient alors curieusement l’objet en vie. Je peux devenir meilleur. Comprendre davantage. Trouver enfin les bons mots. Corriger quelque chose en moi. Et peut-être, quelque part dans le fantasme, retrouver l’amour.
Accepter que je ne puisse pas réparer le lien demande quelque chose de beaucoup plus douloureux : rencontrer mon impuissance.
Je peux changer. Je peux apprendre. Je peux reconnaître ce qui m’appartient. Mais je ne peux pas obtenir l’amour de quelqu’un en devenant suffisamment bon.

Mon propre clivage : protéger l'autre en prenant le mauvais sur moi
Il y a un autre aspect de mon fonctionnement que je commence à comprendre.
Pendant longtemps, après la rupture, je suis resté psychiquement dans une représentation étrange : la femme que j’aimais pouvait rester merveilleuse. Et moi, progressivement, devenir mauvais.
J’avais beaucoup réfléchi au clivage chez l’autre. Il m’a fallu du temps pour voir que quelque chose se clivait également chez moi. Simplement dans l’autre sens.
Plutôt que de transformer l’objet perdu en mauvais objet pour pouvoir m’en détacher, je pouvais préserver sa bonté en prenant la mauvaiseté sur moi. Cela aussi protège le lien.
Si elle reste toute bonne, je peux continuer à l’aimer sans conflit.
Le prix à payer est simplement énorme : c’est moi qui deviens mauvais.
Et peut-être retrouve-t-on là quelque chose de l’enfant : mieux vaut croire que je suis mauvais que découvrir que la personne dont j’ai besoin peut être simultanément bonne, aimante, violente, injuste et profondément imparfaite.
J’ai longtemps essayé de comprendre le clivage à partir de ce qu’il peut produire dans le regard porté sur l’être aimé. Je découvre aujourd’hui combien ce mécanisme mérite aussi d’être interrogé en soi : nous pouvons chacun, à certains moments de grande insécurité affective, perdre une partie de notre capacité à tenir ensemble le bon et le mauvais, l’amour et la colère, la beauté d’un lien et ce qui nous y a blessés. J’explore plus largement ce mécanisme dans l’article « Clivage et fonctionnement borderline : quand l’être aimé devient soudainement “mauvais” ».

Le regard amoureux avait apaisé quelque chose de très ancien
Cela permet aussi de comprendre pourquoi cet amour avait pris une telle puissance.
Dans son regard, je ne me sentais pas seulement aimé. Je me sentais vu. Reconnu. Désiré. Précieux. Vivant.
Peut-être qu’à certains endroits de moi, ce regard répondait extraordinairement bien à une vieille question : « Suis-je suffisamment bon pour être aimé ? » Et son regard disait oui.
Alors quelque chose pouvait se détendre. Mais si le regard de l’autre possède ce pouvoir réparateur, son retournement possède mécaniquement un pouvoir inverse.
Je n’ai donc pas seulement perdu une femme. J’ai perdu un regard qui contribuait à me tenir. Et lorsque ce même regard a commencé à me renvoyer une représentation de moi que je trouvais méconnaissable, la chute a été vertigineuse.
Le miroir qui m’avait renvoyé une image extraordinairement aimée de moi semblait tout à coup me renvoyer une image presque monstrueuse. Je comprends beaucoup mieux aujourd’hui pourquoi je n’ai pas simplement pu penser : « Voilà ce qu’elle ressent. Cela lui appartient en partie. Je peux entendre sa souffrance sans laisser son regard décider entièrement de qui je suis. »
C’est aussi ce qui me permet aujourd’hui de comprendre autrement la blessure narcissique que peut provoquer une rupture : elle ne tient pas seulement à ce que l’autre dit ou fait, mais à l’endroit de notre propre identité que son regard venait soutenir. Plus nous avons confié à ce regard le pouvoir de nous confirmer que nous sommes aimables, désirables ou suffisamment bons, plus son retrait - ou sa transformation - peut ébranler la représentation que nous avons de nous-mêmes. J’explore plus précisément cette expérience dans « Quand on devient “le monstre” dans le regard de l’autre : traumatisme relationnel, blessure narcissique et perte de soi ».
Je n’en avais momentanément pas les moyens. Parce que la blessure n’était pas seulement adulte.

Une autre rupture avait déjà ouvert cette brèche
En repensant à mon histoire, je retrouve une autre expérience.
Au lycée, j’ai aimé profondément une femme en qui j’avais confiance. Elle m’a trompé. Puis elle m’a quitté par SMS, par l’intermédiaire de sa sœur. Et je n’ai pas compris. J’ai profondément souffert pendant de longs mois.
Je ne veux pas construire artificiellement une répétition. Cette histoire était différente. Mais sa forme subjective me frappe aujourd’hui :
j’aime -> je fais confiance -> quelque chose bascule -> l’autre disparaît -> je ne peux plus comprendre avec lui ce qui s’est passé.
Et alors commence une immense activité psychique :
Pourquoi ?
Qu’est-ce qui s’est passé ?
Qu’est-ce que je n’ai pas vu ?
Qu’est-ce que j’ai fait ?
Peut-être que certaines ruptures sont particulièrement dévastatrices pour moi non seulement parce que l’autre part, mais parce qu’il part en emportant la possibilité d’élaborer ensemble la séparation.
Et lorsque je ne peux plus mentaliser avec l’autre, je tente de le faire seul jusqu’à l’épuisement.

Comprendre pour ne pas perdre
Cela donne aujourd’hui un autre sens à tout ce que j’ai fait depuis cette rupture.
On pourrait penser que j’intellectualise beaucoup parce que je suis psychologue. Ce n’est probablement qu’une partie de la vérité. Peut-être existe-t-il chez moi une équation beaucoup plus ancienne : comprendre = rendre prévisible = retrouver de la sécurité.
Si je comprends pourquoi l’être aimé change, peut-être puis-je anticiper. Si je comprends pourquoi il part, peut-être puis-je réparer.
Si je trouve exactement ce qui s’est passé, peut-être ne disparaîtra-t-il pas complètement.
Alors je peux lire Klein, Bion, Estellon ou Searles. Je peux apprendre tout ce que je veux sur le clivage et la mentalisation.
Cette recherche m’a notamment conduit à travailler la notion d’identification projective : la manière dont ce que chacun redoute, imagine ou éprouve peut progressivement influencer ses comportements et les réactions de l’autre. Je l’avais d’abord abordée pour essayer de comprendre certaines interactions relationnelles. Je la trouve aujourd’hui plus intéressante encore lorsqu’elle permet de sortir de la recherche d’un responsable pour observer la boucle à laquelle chacun peut, involontairement, participer. Je développe cette dimension dans « Identification projective : quand nos peurs transforment la relation ».
Mais derrière l’homme adulte qui pense existe peut-être parfois un enfant qui pose une question beaucoup plus simple : « Est-ce que tu es encore là ? »

Et si c’était cela que la rupture avait réellement réveillé ?
Je commence à comprendre pourquoi aucune explication intellectuelle ne pouvait suffire.
Je cherchais peut-être une réponse adulte à une angoisse beaucoup plus archaïque. Sous : « Pourquoi m’a-t-elle quitté ? » il y avait : « Pourquoi le lien a-t-il disparu ? » Sous cela : « Pourquoi l’autre n’est-il plus là ? » Et peut-être, encore plus profondément : « Qu’est-ce qui m’arrive lorsque l’autre n’est plus là ? »
C’est là que je rencontre aujourd’hui quelque chose qui ressemble à une angoisse de morcellement. Non pas nécessairement l’impression consciente que je vais me désintégrer. Mais cette nécessité presque viscérale de sentir que les liens tiennent. Que les êtres importants continuent d’exister quelque part pour moi. Qu’ils ne disparaissent pas soudainement.
Et je comprends alors pourquoi quand je suis en situation de fragilité, même le silence ponctuel d’un ami peut parfois réveiller une petite partie de cette angoisse. Évidemment, ce n’est pas la même souffrance. Mais peut-être est-ce le même endroit qui vibre.

Sortir du clivage
Mon travail n’est donc pas de décider que l’autre était finalement mauvaise et que j’étais bon. Ce serait seulement retourner le mécanisme.
Il m’est possible d’avoir profondément aimé quelqu’un possédant de très belles qualités et d’avoir également été profondément blessé dans cette relation.
Il m’est possible d’avoir été sincèrement aimant tout en ayant eu des mouvements maladroits, défensifs, agressifs ou intrusifs.
Je peux reconnaître la souffrance de l’autre sans transformer toute sa représentation de moi en vérité. Je peux reconnaître ma propre souffrance sans avoir besoin de transformer l’autre en monstre. Je peux avoir blessé sans être un monstre. Je peux avoir été blessé sans avoir aimé un monstre.
Cela paraît presque banal lorsqu’on l’écrit. Pour certaines parties beaucoup plus archaïques de notre psychisme, c’est une immense conquête.

Apprendre que le lien peut cesser sans que je cesse avec lui
Peut-être est-ce finalement là que se situe mon travail aujourd’hui.
Pas cesser d’aimer. Pas devenir radicalement indépendant. Pas apprendre à n’avoir besoin de personne. Je ne crois même pas que ce soit souhaitable. Nous avons besoin les uns des autres.
Mais j’aimerais pouvoir sentir profondément que l’absence de l’autre n’est pas ma disparition. Qu’un ami peut ne pas répondre et continuer de m’aimer. Qu’un être peut s’éloigner sans que toute ma valeur disparaisse avec son regard.
Qu’une personne peut me quitter sans démontrer que je n’étais pas assez. Que quelqu’un peut avoir de moi une représentation que je trouve injuste sans que je sois obligé de la corriger pour continuer à savoir qui je suis.
Et surtout : que le lien peut se rompre sans que je me rompe avec lui.

Peut-être cette rupture ne m’a-t-elle pas détruit
J'ai parfois dit : « Cette rupture m’a détruit. »
Je commence aujourd’hui à me demander si cette phrase est tout à fait juste. Cette rupture m’a fait énormément souffrir. Elle m’a désorganisé. Elle m’a conduit dans des endroits de moi que j’aurais préféré ne jamais rencontrer. Parfois elle le fait encore car je suis en chemin.
Mais peut-être n’a-t-elle pas créé cette fragilité. Elle l’a révélée. Elle a rencontré l’enfant qui ne savait jamais exactement si la personne aimée allait rester aimante.
Celui qui pouvait conclure qu’il était mauvais pour préserver la bonté de l’autre. Celui qui avait entendu qu’un autre aurait davantage mérité sa place. Elle a rencontré l’adolescent qui avait découvert qu’un être aimé pouvait brutalement disparaître sans lui permettre de comprendre.
Puis elle a rencontré l’homme adulte qui avait construit énormément de choses. Un métier. Une pensée. Des liens. Une capacité à prendre soin des autres. Une identité. Mais qui conservait peut-être quelque part une vulnérabilité beaucoup plus primitive : avoir besoin de sentir que l’autre est là pour être entièrement certain de continuer à être là soi-même.
C’est difficile à reconnaître. C'est même assez vertigineux. Mais c’est aussi précisément ce qui rend aujourd’hui ma psychothérapie tellement importante. Parce que ma question n’est progressivement plus seulement de comprendre pourquoi le lien s’est rompu, ni même de savoir comment cesser de souffrir de son absence.
Elle devient : « Comment construire en moi suffisamment de continuité pour que l’amour de l’autre puisse être extraordinairement important sans être nécessaire à mon sentiment de tenir ensemble ? »
Je crois que c’est là que commence quelque chose de nouveau. Non pas apprendre à ne plus dépendre. Mais apprendre à dépendre sans disparaître. Aimer sans me perdre. Être séparé sans me morceler.
Et pouvoir progressivement me dire, même lorsque l’être aimé n’est plus là : je suis encore là.

Pour aller plus loin
Je suis Charles Crouzat, psychologue, et j’accompagne notamment des personnes confrontées aux relations affectives intenses, aux problématiques d’attachement et aux ruptures amoureuses particulièrement difficiles.
Une rupture peut parfois dépasser largement la seule perte de l’autre et venir réactiver des blessures narcissiques, des expériences d’abandon ou des représentations très anciennes de soi.
Si vous souhaitez travailler ce que votre propre histoire amoureuse vient réveiller en vous, je propose des consultations de psychologie et de psychothérapie à Lille, à Villeneuve-d’Ascq et en visioconférence. Vous pouvez consulter les informations sur mon cabinet de psychologue à Lille, mon cabinet de psychologue à Villeneuve-d’Ascq, ou prendre rendez-vous directement en ligne.




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