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Hypersensible ou bipolaire ? Différences entre hypersensibilité et bipolarité

  • Photo du rédacteur: Charles CROUZAT
    Charles CROUZAT
  • 8 juin 2020
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : 31 août

« Suis-je hypersensible ou bipolaire ? »


La question revient parfois lorsque l’on vit ses émotions avec une intensité particulière. Je peux passer rapidement de l’enthousiasme à la tristesse, être profondément affecté par une remarque, ressentir les relations avec beaucoup d’intensité ou traverser des périodes durant lesquelles mes émotions semblent difficiles à contenir.


Cette intensité émotionnelle peut alors inquiéter : est-ce simplement ma manière de ressentir le monde ou peut-elle être le signe d’un trouble bipolaire ?


Hypersensibilité et bipolarité ne désignent pourtant pas la même chose. Une forte sensibilité émotionnelle ne suffit pas à caractériser un trouble bipolaire. Celui-ci implique notamment la survenue d’épisodes thymiques particuliers, avec des modifications de l’humeur mais également de l’énergie, de l’activité, du sommeil et du fonctionnement général.


La distinction n’est cependant pas toujours simple à faire soi-même. L’objectif de cet article n’est donc pas de permettre de poser un diagnostic, mais de mieux comprendre ce qui peut différencier une forte sensibilité émotionnelle d’un trouble bipolaire — et de savoir quand demander un avis professionnel.


Hypersensibilité et bipolarité ne désignent pourtant pas la même chose. Une forte sensibilité émotionnelle ne suffit pas à caractériser un trouble bipolaire. - Crédits photo : Pixabay
Hypersensibilité et bipolarité ne désignent pourtant pas la même chose. Une forte sensibilité émotionnelle ne suffit pas à caractériser un trouble bipolaire. - Crédits photo : Pixabay


Hypersensibilité et bipolarité : pourquoi peut-on les confondre ?


La confusion vient notamment d’un point commun apparent : dans les deux situations, l’entourage peut avoir l’impression d’une grande variabilité émotionnelle.


Une personne très sensible peut ressentir intensément la joie, la tristesse, la colère, la peur ou le rejet. Son état émotionnel peut parfois changer rapidement en fonction de ce qu’elle vit : un conflit, une critique, une séparation, une bonne nouvelle ou au contraire le sentiment d’être incomprise.


Le trouble bipolaire ne correspond cependant pas simplement au fait d’avoir des émotions fortes ou de « changer souvent d’humeur ». Il se caractérise par des épisodes maniaques ou hypomaniaques et des épisodes dépressifs, avec des modifications qui concernent non seulement l’humeur, mais aussi l’énergie, l’activité, le sommeil, les pensées et les comportements.


C’est notamment le caractère épisodique, la durée des manifestations, leur intensité et la rupture avec le fonctionnement habituel de la personne qui orientent l’évaluation clinique.


Le trouble bipolaire ne correspond cependant pas simplement au fait d’avoir des émotions fortes ou de « changer souvent d’humeur ». Il se caractérise par des épisodes maniaques ou hypomaniaques et des épisodes dépressifs. - Crédits photo : Pixabay
Le trouble bipolaire ne correspond cependant pas simplement au fait d’avoir des émotions fortes ou de « changer souvent d’humeur ». Il se caractérise par des épisodes maniaques ou hypomaniaques et des épisodes dépressifs. - Crédits photo : Pixabay


Qu'est-ce que l'hypersensibilité ?


Le mot « hypersensibilité » est aujourd’hui largement utilisé pour décrire des personnes qui ressentent particulièrement intensément certaines émotions, sensations ou expériences relationnelles.


On peut par exemple se reconnaître dans une forte réactivité émotionnelle, être particulièrement sensible au regard des autres, aux conflits, aux ambiances ou à certains stimuli sensoriels. Certaines personnes décrivent également un besoin important de se retirer après des situations très stimulantes.


Il faut néanmoins être prudent avec ce terme. L’hypersensibilité n’est pas, à elle seule, un diagnostic psychiatrique permettant d’expliquer l’ensemble du fonctionnement d’une personne.


Derrière ce que l’on appelle couramment « hypersensibilité » peuvent se trouver des réalités très différentes : un tempérament particulièrement sensible, mais aussi parfois de l’anxiété, une vulnérabilité liée à l’histoire d’attachement, des expériences traumatiques ou d’autres difficultés psychologiques.


L’enjeu n’est donc pas nécessairement de savoir si je « suis hypersensible », mais de comprendre ce qui me rend sensible, dans quelles situations, avec quelle intensité et quelles conséquences dans ma vie.


Pour une présentation plus générale de la sensibilité émotionnelle, de ses manifestations et des manières de mieux la vivre, vous pouvez également consulter mon article consacré à l’hypersensibilité et à la manière de mieux vivre avec elle.


L’hypersensibilité n’est pas, à elle seule, un diagnostic psychiatrique permettant d’expliquer l’ensemble du fonctionnement d’une personne. - Crédits photo : Bagus Pangestu
L’hypersensibilité n’est pas, à elle seule, un diagnostic psychiatrique permettant d’expliquer l’ensemble du fonctionnement d’une personne. - Crédits photo : Bagus Pangestu


Qu'est-ce que le trouble bipolaire ?


Le trouble bipolaire est un trouble de l’humeur caractérisé par la survenue d’épisodes thymiques particuliers.


Lors d’un épisode maniaque, l’humeur peut être anormalement élevée, expansive ou très irritable, avec une augmentation importante de l’énergie et de l’activité. D’autres manifestations peuvent apparaître : diminution du besoin de sommeil, accélération de la pensée et de la parole, distractibilité, augmentation inhabituelle de l’estime de soi, agitation ou comportements impulsifs et à risque.


L’hypomanie comporte des manifestations de même nature mais moins intenses et avec un retentissement généralement moindre que la manie.


Les épisodes dépressifs correspondent quant à eux à une période durable de tristesse, d’irritabilité ou de vide, ou à une perte importante d’intérêt et de plaisir, associée à d’autres symptômes pouvant concerner notamment le sommeil, l’énergie, la concentration, l’estime de soi ou l’espoir en l’avenir.


Il ne s’agit donc pas simplement d’alterner entre « être très heureux » et « être très triste ». L’évaluation porte sur un ensemble de symptômes, leur durée, leur intensité, leur évolution dans le temps et leur retentissement sur la vie de la personne.


Le trouble bipolaire est un trouble de l’humeur caractérisé par la survenue d’épisodes thymiques particuliers. - Crédits photo : Pixabay
Le trouble bipolaire est un trouble de l’humeur caractérisé par la survenue d’épisodes thymiques particuliers. - Crédits photo : Pixabay


Hypersensible ou bipolaire : quelles différences ?


La différence ne peut pas être établie à partir d’un seul symptôme. Une émotion intense, une période d’irritabilité ou quelques nuits difficiles ne permettent pas à elles seules de conclure à un trouble bipolaire.


Plusieurs dimensions peuvent néanmoins aider à comprendre pourquoi ces deux situations ne se confondent pas.



Une émotion réactive ou un épisode thymique


Chez une personne particulièrement sensible, les variations émotionnelles sont souvent compréhensibles en lien avec ce qui vient de se produire : une remarque blessante, un conflit, une séparation, une situation enthousiasmante ou une sensation de rejet peuvent provoquer une réaction très intense.


Dans un trouble bipolaire, on recherche davantage l’existence d’épisodes thymiques caractérisés, qui constituent une modification notable du fonctionnement habituel et ne se réduisent pas à une réaction émotionnelle ponctuelle à un événement.


Cela ne signifie pas que les événements de vie n’influencent pas la bipolarité. Ils peuvent participer au déclenchement ou à l’évolution d’un épisode. La distinction repose sur l’ensemble du tableau clinique.



La durée des changements d'humeur


Une réaction émotionnelle liée à une forte sensibilité peut être intense tout en évoluant rapidement lorsque la situation change ou que l’émotion s’apaise.


Les épisodes thymiques du trouble bipolaire s’inscrivent davantage dans la durée. À titre d’exemple, un épisode dépressif caractérisé correspond à des symptômes présents la majeure partie de la journée, presque tous les jours, pendant au moins deux semaines. Un épisode maniaque répond également à des critères de durée et de sévérité spécifiques.


La temporalité est donc une information importante, mais elle ne permet pas à elle seule de poser ou d’exclure un diagnostic.



Sommeil niveau d'énergie et niveau d'activité


C’est probablement l’un des éléments les plus importants à observer.


Dans un épisode maniaque ou hypomaniaque, le changement ne concerne pas uniquement l’émotion. Il peut exister une augmentation inhabituelle de l’énergie et de l’activité ainsi qu’une diminution du besoin de sommeil.


Il faut distinguer « dormir peu et être épuisé » de « dormir beaucoup moins que d’habitude tout en se sentant particulièrement énergique ou actif ».


Cette modification simultanée de l’humeur, de l’énergie, du sommeil et de l’activité est beaucoup plus évocatrice d’un épisode thymique qu’une sensibilité émotionnelle élevée prise isolément.



Impulsivité et comportements à risque


L’impulsivité peut exister dans de nombreuses situations psychologiques et ne suffit donc pas à identifier un trouble bipolaire.


Lors d’un épisode maniaque, elle peut cependant s’inscrire dans une modification beaucoup plus générale du fonctionnement : dépenses inhabituelles ou excessives, comportements sexuels à risque, projets irréalistes, désinhibition ou prises de décisions très éloignées du fonctionnement habituel de la personne.


Ce qui importe est donc moins la présence isolée d’un comportement impulsif que le contexte dans lequel il apparaît et son association éventuelle avec les autres signes d’un épisode maniaque ou hypomaniaque.



Le fonctionnement entre les épisodes


L’histoire dans le temps est essentielle.


Lorsqu’un professionnel explore l’hypothèse d’un trouble bipolaire, il ne s’intéresse pas uniquement à ce que la personne ressent aujourd’hui. Il cherche à reconstruire les épisodes précédents : périodes de dépression, éventuels épisodes d’exaltation ou d’irritabilité inhabituelle, modifications du sommeil, de l’activité, des comportements et conséquences sur la vie personnelle ou professionnelle.


Cette approche longitudinale permet notamment de rechercher une rupture avec le fonctionnement habituel de la personne.


C’est une des raisons pour lesquelles il est parfois difficile de répondre seul à la question « suis-je hypersensible ou bipolaire ? » : le diagnostic ne repose pas sur une photographie de l’état émotionnel actuel mais sur une histoire clinique.


La différence ne peut pas être établie à partir d’un seul symptôme. Une émotion intense, une période d’irritabilité ou quelques nuits difficiles ne permettent pas à elles seules de conclure à un trouble bipolaire. - Crédits photo : Pixabay
La différence ne peut pas être établie à partir d’un seul symptôme. Une émotion intense, une période d’irritabilité ou quelques nuits difficiles ne permettent pas à elles seules de conclure à un trouble bipolaire. - Crédits photo : Pixabay



Peut-on à la fois être hypersensible et bipolaire ?


Oui, les deux notions ne sont pas mutuellement exclusives.


Une personne présentant un trouble bipolaire possède également un tempérament, une histoire affective et une manière personnelle de ressentir les relations et les événements. Elle peut donc se reconnaître dans une sensibilité émotionnelle importante.


Inversement, se reconnaître comme hypersensible ne protège pas d’un trouble psychique et ne permet pas non plus d’en conclure l’existence.


C’est pourquoi il vaut mieux éviter de raisonner en termes de catégories exclusives - « je suis hypersensible, donc je ne peux pas être bipolaire » - et chercher plutôt à comprendre précisément les manifestations présentes et leur évolution dans le temps.



Hypersensibilité, anxiété, borderline : attention aux confusions


Une grande intensité émotionnelle n’est pas spécifique au trouble bipolaire.


Elle peut également être rencontrée dans certaines formes d’anxiété, après des expériences traumatiques, dans des difficultés d’attachement ou dans certains fonctionnements de personnalité.


Dans le fonctionnement borderline, par exemple, des variations émotionnelles importantes peuvent survenir et être fortement liées aux événements relationnels, notamment au sentiment de rejet, d’abandon ou d’insécurité. Cela ne suffit cependant pas davantage à poser un diagnostic.


La Haute Autorité de Santé rappelle d’ailleurs que le diagnostic différentiel du trouble bipolaire peut notamment concerner d’autres troubles de l’humeur, certains troubles de personnalité (dont le trouble borderline), le TDAH ou encore certains troubles psychotiques.


Lorsqu’une personne souffre de variations émotionnelles importantes, l’enjeu clinique consiste donc moins à chercher rapidement une étiquette qu’à comprendre la temporalité, les déclencheurs, les symptômes associés, l’histoire de la personne et le retentissement de ces manifestations.


Charles Crouzat est psychologue à Lille et Villeneuve-d'Ascq. Il reçoit au cabinet et en visioconsultation.
Charles Crouzat est psychologue à Lille et Villeneuve-d'Ascq. Il reçoit au cabinet et en visioconsultation.


Quand consulter pour distinguer hypersensibilité et bipolarité ?


Il peut être utile de consulter lorsque les variations de l’humeur deviennent difficiles à comprendre, provoquent une souffrance importante ou ont des conséquences sur les relations, le travail, le sommeil ou les comportements.


Une attention particulière mérite d’être portée à l’existence de périodes inhabituelles d’augmentation de l’énergie et de l’activité, de diminution importante du besoin de sommeil, de désinhibition ou de comportements à risque, ainsi qu’à l’existence d’épisodes dépressifs répétés.


Lorsqu’un trouble bipolaire est suspecté, l’évaluation diagnostique relève d’une démarche clinique rigoureuse et peut nécessiter un avis médical ou psychiatrique. Il ne serait pas prudent de conclure à une bipolarité - ou de l’écarter - à partir d’un article ou d’un questionnaire en ligne.


Un travail psychologique peut parallèlement permettre de mieux comprendre sa sensibilité émotionnelle, les situations qui la mobilisent, son histoire et la manière dont elle affecte les relations et la vie quotidienne.


Dans ma pratique de psychologue, j’accompagne notamment les personnes qui vivent une forte sensibilité émotionnelle, de l’anxiété ou des difficultés relationnelles et souhaitent mieux comprendre leur fonctionnement.


Je vous reçois au cabinet de Lille ou de Villeneuve-d’Ascq. Je propose également des consultations en visioconférence. Vous pouvez prendre rendez-vous en ligne.

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