Je suis tombé amoureux de mon psychologue, que dois-je faire ?

Dernière mise à jour : il y a 5 jours
Tomber amoureux de son psychologue peut être une expérience aussi intense que déroutante. Je peux penser à mon psy entre les séances, attendre impatiemment de le revoir, ressentir un manque, de la jalousie ou même fantasmer une relation avec lui. Les sentiments éprouvés peuvent être profondément sincères et pourtant s’inscrire dans ce que la psychologie et la psychanalyse appellent le transfert amoureux.
Faut-il lui en parler ? Est-ce le signe qu’il faut arrêter la thérapie ? Comment sortir d’un transfert amoureux lorsque celui-ci devient douloureux ou envahissant ?
Ces sentiments ne sont pas nécessairement un problème à éliminer. Lorsqu’ils peuvent être pensés dans un cadre thérapeutique suffisamment sécurisant, ils peuvent au contraire devenir une matière précieuse pour comprendre notre manière d’aimer, de nous attacher et d’entrer en relation.

Est-il normal de tomber amoureux de son psy ?
Oui, il est possible de tomber amoureux de son psychologue ou de sa psychologue. La relation thérapeutique possède plusieurs caractéristiques susceptibles de favoriser des sentiments particulièrement intenses : une écoute attentive, une présence régulière, la possibilité de parler de soi sans être jugé et parfois l’impression rare d’être profondément compris.
Cela ne signifie pas que les sentiments ressentis sont « faux ». L’attachement, le désir ou l’amour peuvent être réellement éprouvés. Mais la situation thérapeutique leur donne un contexte particulier : la relation n’est pas une relation amoureuse ordinaire et les deux personnes n’y occupent pas la même place.
Cette distinction tient notamment à la nature particulière du lien qui se construit entre le psychologue et son patient : une relation qui peut devenir profondément importante et parfois réparatrice, tout en restant différente d’une relation amoureuse ordinaire.
En psychanalyse et dans certaines psychothérapies, on parle notamment de transfert lorsque des émotions, attentes et manières d’entrer en relation se déploient dans la relation avec le thérapeute. Lorsque des sentiments amoureux apparaissent, on parle couramment de transfert amoureux.
Pourquoi peut-on tomber amoureux de son psychologue ?
"Je suis tombé amoureux de mon psy. Je pense à lui même après nos rencontres. Parfois jusque 2 jours après... J'aimerais lui dire, mais je ne sais pas comment. Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui m'a autant compris, qui m'a autant permis d'être moi-même..."
Lorsque nous rencontrons quelqu’un auprès de qui nous pouvons progressivement nous sentir compris, accueilli et suffisamment en sécurité pour déposer des parts très intimes de nous-mêmes, un attachement puissant peut se développer.
Le psychologue peut alors occuper une place psychique importante. Il devient parfois celui dont j’attends la présence, le regard ou la reconnaissance. Des sentiments amoureux ou du désir peuvent apparaître.
Cela ne permet pas de réduire l’amour ressenti à une simple illusion ou à une « fausse » émotion. Ce que j’éprouve est réel. La psychothérapie invite plutôt à se demander ce que ces sentiments racontent de moi : qu’est-ce que cette relation vient toucher ? Qu’est-ce que je trouve auprès de cette personne qui m’est si précieux ? Quelles expériences d’attachement, quels désirs ou quels manques peuvent également se rejouer dans cette relation ?
C’est notamment ce que le concept de transfert permet d’interroger.

Pourquoi est-ce que je pense tout le temps à ma psy ?
Lorsque la relation thérapeutique devient émotionnellement très investie, il peut arriver que je pense beaucoup à mon psy entre les séances. Je peux rejouer mentalement nos échanges, imaginer ce qu’il pense de moi, attendre le prochain rendez-vous ou ressentir son absence de manière particulièrement intense.
Ces pensées peuvent simplement témoigner de l’importance prise par la relation thérapeutique. Mais lorsqu’elles deviennent très envahissantes, elles peuvent aussi révéler quelque chose de notre manière de vivre l’attachement et la séparation.
Lorsque l’attachement devient particulièrement anxieux, la peur de perdre l’autre ou de ne plus avoir accès à sa présence peut prendre une place considérable. Ce fonctionnement ne concerne d’ailleurs pas uniquement la relation thérapeutique : on peut retrouver des mécanismes proches dans certaines relations amoureuses. J’aborde plus précisément cette question dans mon article consacré à la dépendance affective et aux moyens de s’en libérer.
Pourquoi l’absence de mon psychologue est-elle si difficile ? Pourquoi ai-je autant besoin de savoir ce qu’il pense de moi ? Qu’est-ce que son regard m’apporte que j’ai peur de perdre ?
Plutôt que d’avoir honte de ces pensées ou de chercher immédiatement à les supprimer, elles peuvent devenir un matériau thérapeutique particulièrement intéressant. Les évoquer en séance permet parfois de comprendre ce qui se joue derrière cette préoccupation pour le thérapeute.

Faut-il dire à son psy que l'on est amoureux de lui ?
Si vous lui faites confiance, vous pouvez lui en parler. Lorsque cela est possible, parler de ses sentiments à son psychologue peut être extrêmement fécond. Il n’est pas nécessaire d’avoir honte d’être amoureux, attiré ou très attaché à son thérapeute.
Un psychologue devrait pouvoir accueillir cette parole sans humilier son patient, sans exploiter ses sentiments et sans transformer la relation thérapeutique en relation amoureuse.
La question devient alors moins : « Comment faire disparaître cet amour ? » que : « Que vient-il raconter de moi et de notre relation ? »
Mettre des mots sur ce qui est éprouvé peut permettre d’explorer le besoin d’être reconnu, la peur de perdre l’autre, le désir d’être choisi, la difficulté à supporter la séparation ou encore certaines expériences relationnelles anciennes.
Le cadre thérapeutique est précisément ce qui permet à ces sentiments d’être pensés plutôt qu’agis.
Il peut néanmoins être particulièrement difficile de faire cette confidence lorsque le thérapeute intervient peu ou lorsque ses silences laissent beaucoup de place à la question : « Mais qu’est-ce qu’il pense de moi ? » Si cette expérience vous est familière, j’explore également pourquoi certains psychologues restent silencieux et ce que leur silence peut provoquer dans la relation thérapeutique.

Comment sortir du transfert amoureux avec son psy ?
Sortir d’un transfert amoureux ne signifie pas nécessairement faire disparaître brutalement ses sentiments ou interrompre sa thérapie. Il s’agit plutôt de parvenir progressivement à comprendre ce qui s’est investi dans cette relation.
Le travail thérapeutique peut aider à distinguer plusieurs dimensions : la personne réelle du psychologue, la fonction qu’il occupe dans la thérapie, ce que j’imagine de lui et ce que la relation réveille de mon histoire affective.
Progressivement, quelque chose qui semblait entièrement dépendre de la présence du thérapeute peut être réapproprié. Si je me sens davantage vivant, reconnu, libre ou capable d’être moi-même auprès de mon psychologue, la question peut devenir : comment puis-je développer cette expérience également en moi et dans mes autres relations ?
Le transfert n’a alors pas nécessairement besoin d’être « cassé ». Il peut être élaboré. L’objectif de la thérapie reste que la relation thérapeutique favorise progressivement davantage de liberté et d’autonomie, plutôt qu’une dépendance toujours plus importante au thérapeute.
Dans certaines situations, la question de poursuivre la thérapie, d’espacer les séances ou d’y mettre fin peut néanmoins se poser. Il n’existe pas de réponse automatique : éprouver des sentiments amoureux pour son psychologue ne signifie pas, à lui seul, qu’il faille interrompre le travail. L’important est plutôt de pouvoir réfléchir à ce que cette relation permet encore d’élaborer et à la manière dont elle soutient - ou non - davantage d’autonomie.
Si la question de la séparation se pose, j’aborde plus précisément comment arrêter une psychothérapie, comment en parler à son psychologue et ce qu’une dernière séance peut permettre d’élaborer.
Et si mon psy semble également amoureux de moi ?
Les sentiments ne concernent pas uniquement les patients. Un psychologue reste un être humain et peut lui aussi éprouver des émotions dans la relation thérapeutique. La psychologie clinique parle notamment de contre-transfert pour penser ce que la relation avec un patient peut mobiliser chez le thérapeute.
Mais éprouver quelque chose et l’agir sont deux choses différentes.
La responsabilité du cadre appartient au professionnel. Les sentiments du patient ne devraient pas être utilisés pour satisfaire les besoins affectifs ou sexuels du thérapeute. Lorsqu’un contre-transfert devient intense, il appartient au professionnel de le penser, notamment dans son propre travail thérapeutique ou en supervision, afin de préserver le cadre de la psychothérapie.
Cette asymétrie est essentielle : le patient vient chercher un espace pour travailler sur lui-même, et non prendre en charge les besoins affectifs de son thérapeute.

Consulter lorsque le transfert amoureux devient douloureux
Tomber amoureux de son psychologue n’est pas nécessairement le signe que quelque chose va mal dans la thérapie. Ces sentiments peuvent parfois devenir une voie d’accès particulièrement riche à notre manière de nous attacher, d’aimer et de vivre la séparation.
En revanche, lorsque l’attachement devient envahissant, que l’absence du thérapeute provoque une souffrance importante ou que toute la vie affective semble progressivement s’organiser autour de cette relation, il peut être particulièrement important de pouvoir en parler.
Dans ma pratique de psychologue, j’accompagne notamment des personnes confrontées à des difficultés d’attachement, de dépendance affective, d’anxiété relationnelle ou à des relations particulièrement intenses.
Je vous reçois au cabinet de Lille ou de Villeneuve-d'Ascq. Je vous propose également des consultations en visioconférence. Vous pouvez prendre rendez-vous en ligne.



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