Pourquoi mon psychologue ne parle pas ? Comprendre le silence du psy

Dernière mise à jour : 5 sept.
« Mon psy ne parle presque pas. »
« Il me regarde mais ne répond pas, et ça me met mal à l’aise. »
« Je ne sais jamais quoi dire quand il y a un silence. »
« Je n’arrive pas à regarder mon psychologue lorsque je parle. Est-ce normal ? »
Le silence occupe une place particulière en psychothérapie. Pour certaines personnes, il offre enfin un espace dans lequel elles peuvent ralentir, ressentir et laisser émerger une pensée. Pour d’autres, quelques secondes suffisent pour éprouver un profond malaise : impression d’être observé, jugé, abandonné ou sommé de trouver quelque chose d’intéressant à dire.
Alors, pourquoi certains psychologues restent-ils silencieux ?
Le silence peut être un véritable outil thérapeutique. Mais il n’est ni une preuve qu’un psychologue travaille bien, ni une technique qui conviendrait à tout le monde et à chaque moment. Comme toute intervention, il prend son sens dans une relation particulière, avec une personne particulière.

Pourquoi certains psychologues restent-ils silencieux ?
Le psychologue ne cherche pas nécessairement à remplir chaque espace de la séance. Dans une conversation ordinaire, quelques secondes de silence peuvent rapidement devenir inconfortables. Nous avons appris à répondre, relancer, rassurer ou changer de sujet.
La psychothérapie offre une expérience différente. Le psychologue peut parfois choisir de ne pas intervenir immédiatement afin de laisser au patient le temps de poursuivre une pensée, de ressentir une émotion ou simplement de découvrir ce qui apparaît lorsque personne ne vient immédiatement remplir l’espace.
Laisser de la place à la pensée
Nous ne savons pas toujours ce que nous pensons avant de l’avoir formulé. Il arrive qu’une personne commence une phrase, s’interrompe, cherche ses mots puis découvre progressivement quelque chose qu’elle n’avait jamais formulé de cette manière. Intervenir trop rapidement pourrait interrompre ce mouvement.
Le silence peut alors signifier simplement : « Je suis là. Vous pouvez prendre votre temps. »
Permettre à une émotion d’exister
Lorsqu’une émotion apparaît, notre réflexe peut être de vouloir immédiatement l’expliquer, la calmer ou nous en débarrasser. Le silence permet parfois de ne pas précipiter ce mouvement.
Une tristesse peut être ressentie avant d’être analysée. Une colère peut progressivement trouver des mots. Une sensation corporelle peut devenir plus identifiable.
Le psychologue reste présent, mais n’impose pas immédiatement une signification à ce qui est en train d’émerger.
Ne pas penser à la place du patient
Un psychologue pourrait facilement multiplier les questions, les conseils et les hypothèses. Mais une thérapie ne consiste pas uniquement à recevoir les réponses d’un spécialiste. Elle peut aussi permettre de développer progressivement sa propre capacité à observer ce qui se passe en soi, à associer des idées, à reconnaître ses émotions et à construire ses propres réponses.
Le silence peut parfois soutenir cette autonomie.

Le silence du psychologue est-il une technique thérapeutique ?
Oui, il peut l’être. Mais cela ne signifie pas que tout silence soit automatiquement thérapeutique.
Le silence peut permettre la réflexion, l’expression des émotions, l’introspection ou simplement éviter d’interrompre un processus en cours. Mais son effet dépend énormément du contexte.
Quelques secondes de silence après une parole particulièrement chargée émotionnellement peuvent offrir un espace précieux.
Le même silence, face à une personne qui se sent déjà profondément abandonnée ou qui ne comprend pas ce que son psychologue attend d’elle, peut être vécu tout autrement.
Le silence n’existe donc jamais indépendamment de la relation thérapeutique. C’est plus largement la qualité de la relation thérapeutique qui peut permettre à une parole, une intervention - ou parfois un silence de prendre un sens particulier dans le travail.
La question n’est pas seulement : « Combien de temps mon psychologue reste-t-il silencieux ? » mais : « Qu’est-ce que ce silence permet - ou empêche - à ce moment précis de la thérapie ? »

Pourquoi le silence de mon psy me met-il mal à l’aise ?
Se sentir mal à l’aise lorsque son psychologue ne parle pas n’a rien d’inhabituel.
Le silence laisse beaucoup de place à ce que nous imaginons.
La peur d’être jugé
Lorsque l’autre ne dit rien, nous pouvons remplir mentalement son silence :
« Il doit trouver ce que je raconte ridicule. »
« Elle pense que je suis bizarre. »
« Je ne raconte rien d’intéressant. »
« Il attend sûrement quelque chose de moi. »
Pourtant, le silence du psychologue ne permet pas de savoir ce qu’il pense. Ce qui devient alors intéressant en thérapie est parfois précisément ce que nous projetons dans cet espace laissé vide.
L’impression de devoir bien faire sa thérapie
Certains patients se demandent constamment ce qu’ils sont « censés » faire.
Dois-je parler ?
Attendre ?
Regarder mon psychologue ?
Parler de mon enfance ?
Pleurer ?
Lorsque le thérapeute reste silencieux, cette incertitude peut augmenter. Il est parfaitement possible de lui dire : « Quand vous ne dites rien, j’ai l’impression que je dois trouver ce que vous attendez de moi. »
Cette phrase elle-même peut devenir un matériau thérapeutique précieux.
Le sentiment d’être abandonné ou ignoré
Pour certaines personnes, le silence ne constitue pas un espace disponible mais une absence. Elles peuvent avoir l’impression que leur psychologue ne s’intéresse pas à elles, qu’il les laisse seules ou qu’il refuse de les aider. Ce vécu mérite d’être pris au sérieux.
Il ne prouve pas que le psychologue abandonne réellement son patient. Mais il ne doit pas non plus être balayé sous prétexte que « le silence est thérapeutique ».
Ce que produit l’intervention chez la personne compte.

Pourquoi je n’arrive pas à regarder mon psy ?
Certaines personnes parlent très facilement à leur psychologue tant qu’elles regardent ailleurs. Puis, lorsqu’elles croisent son regard, quelque chose devient plus difficile.
C’est particulièrement fréquent lorsqu’elles parlent d’un sujet intime, honteux, douloureux ou très chargé émotionnellement.
Il n’est pas obligatoire de regarder son psychologue dans les yeux pendant une séance.
Regarder le sol, une fenêtre, ses mains ou un point de la pièce peut parfois permettre de maintenir suffisamment de distance pour continuer à penser et à parler.
Le contact visuel augmente en effet la dimension relationnelle de l’échange : je ne suis plus seulement en train de raconter quelque chose, je raconte quelque chose à quelqu’un qui m’écoute.
Pour certaines personnes, cette présence est rassurante. Pour d’autres, elle intensifie momentanément le sentiment d’exposition.
Ne pas regarder son psy peut-il aider à parler ?
Oui, parfois. Lorsque nous abordons quelque chose de particulièrement intime, détourner momentanément le regard peut diminuer le sentiment d’être observé et faciliter l’élaboration.
Il n’est donc pas nécessaire de se forcer à maintenir un contact visuel permanent pour « bien faire » sa thérapie.
Le psychologue peut également regarder ailleurs par moments, prendre quelques notes ou adopter une position qui évite de transformer la séance en face-à-face permanent.
L’important est moins la quantité de contact visuel que ce que cette manière d’être ensemble permet au travail thérapeutique.
Et si je n’ose jamais regarder mon psychologue ?
C’est différent. Si regarder son psychologue devient extrêmement difficile, provoque une forte anxiété ou semble reproduire quelque chose que l’on vit dans de nombreuses autres relations, cela peut être intéressant à explorer.
Que se passe-t-il lorsque je rencontre le regard de l’autre ?
Ai-je peur d’y découvrir un jugement ?
De décevoir ?
D’être trop visible ?
D’être envahi ?
Ou au contraire d’avoir soudainement trop besoin de ce que je pourrais lire dans son regard ?
L’objectif n’est pas nécessairement de se forcer à regarder son psychologue. Il s’agit plutôt de comprendre ce que cette difficulté peut parfois raconter de notre manière d’être en relation.

Mon psychologue doit-il me regarder quand je parle ?
Pas constamment. Une écoute attentive ne se mesure pas au nombre de secondes pendant lesquelles un psychologue regarde son patient dans les yeux.
Certains thérapeutes soutiennent davantage le regard. D’autres laissent volontairement davantage d’espace. La disposition même du cabinet peut également varier selon l’approche thérapeutique.
Ce qui importe est que le patient puisse progressivement ressentir que son psychologue est présent et engagé dans la séance, même lorsqu’il ne parle pas ou ne le regarde pas continuellement.
Si vous avez au contraire régulièrement l’impression que votre psychologue est absent, distrait ou désintéressé, cette expérience mérite d’être discutée avec lui.
Un psychologue doit-il forcément rester silencieux ?
Non. Les pratiques varient considérablement selon les thérapeutes, leurs orientations et les besoins de leurs patients.
Certaines approches psychanalytiques ou psychodynamiques peuvent accorder une place importante au silence, à l’association libre et à l’élaboration du patient.
D’autres approches sont davantage interactives : le psychologue pose plus de questions, reformule, propose des exercices ou apporte davantage d’éléments de compréhension. Mais même au sein d’une même orientation, deux psychologues peuvent travailler très différemment. Et surtout, un même psychologue peut ne pas travailler de la même manière avec tous ses patients.
Dans ma pratique, je peux laisser une place importante au silence lorsqu’il semble permettre à une personne d’aller plus loin dans son ressenti ou sa pensée. À d’autres moments, je peux au contraire intervenir, questionner, reformuler, proposer une hypothèse ou soutenir davantage activement l’échange.
Ce n’est pas la quantité de paroles du psychologue qui détermine à elle seule la qualité d’une thérapie.
Quand le silence du psychologue devient-il problématique ?
Un silence peut devenir contre-productif lorsqu’il ne permet plus d’élaborer mais contribue au contraire à figer la séance.
Cela peut notamment mériter d’être interrogé lorsque, séance après séance :
vous avez le sentiment d’être abandonné à vous-même ;
vous ne comprenez jamais ce que votre psychologue attend de vous ;
les silences augmentent considérablement votre anxiété sans pouvoir être discutés ;
vous avez l’impression que votre thérapeute est absent ou désengagé ;
vous n’osez pas lui dire que sa manière de travailler ne vous convient pas ;
vous repartez régulièrement avec l’impression que rien n’a pu se construire.
Un silence difficile n’est pas nécessairement un « mauvais » silence. Il peut parfois révéler quelque chose d’important de la relation. Mais encore faut-il qu’il soit possible d’en parler ensemble.

Que dire à mon psy si son silence me dérange ?
Le plus simplement possible.
Par exemple :
« Je remarque que vos silences me mettent très mal à l’aise. »
« J’ai l’impression que vous attendez quelque chose de moi lorsque vous ne parlez pas. »
« J’aurais parfois besoin que vous interveniez davantage. »
« Quand vous ne répondez pas, je me demande si vous êtes d’accord avec moi ou si vous me jugez. »
Il n’est pas nécessaire de savoir pourquoi le silence vous dérange avant d’en parler. Le découvrir peut précisément faire partie du travail.
Peut-on parler de tout avec son psychologue ?
En principe, l’espace thérapeutique est justement destiné à pouvoir aborder des pensées, émotions ou expériences qu’il est parfois difficile de partager ailleurs. Cela inclut également ce que l’on pense du psychologue et de la thérapie elle-même.
Vous pouvez lui dire que vous êtes en colère contre lui. Que vous avez trouvé une intervention maladroite. Que vous auriez aimé qu’il réponde autrement. Que son silence vous agace. Que vous vous demandez ce qu’il pense de vous. Ou encore que vous avez envie d’arrêter.
Lorsque la relation avec le thérapeute prend une place émotionnelle particulièrement importante, d’autres phénomènes peuvent également apparaître. J’aborde notamment cette question dans mon article consacré au transfert et au fait de tomber amoureux de son psychologue.
Ces paroles ne sont pas extérieures à la thérapie. Elles peuvent au contraire permettre de travailler directement ce qui se passe dans la relation thérapeutique.

Mon psy ne répond pas à mes SMS : est-ce normal ?
Cette question apparaît également fréquemment, mais elle concerne un autre type de silence.
Le silence pendant une séance et l’absence de réponse entre deux séances ne répondent pas nécessairement aux mêmes règles.
Chaque psychologue définit un cadre concernant les échanges en dehors des rendez-vous. Certains utilisent les messages uniquement pour l’organisation des séances. D’autres acceptent ponctuellement certains échanges. D’autres encore précisent qu’ils ne proposent pas d’accompagnement thérapeutique par SMS.
L’important est que ce cadre puisse être suffisamment clair.
Une absence de réponse immédiate ne signifie donc pas nécessairement que votre psychologue vous ignore ou ne souhaite plus vous suivre. En revanche, si vous ne savez pas quelles sont les règles concernant les messages, vous pouvez tout à fait lui demander comment il souhaite que les échanges entre les séances soient organisés.
Ces règles concernant les échanges, les horaires ou les absences font partie plus largement du cadre thérapeutique, dont j’explique également le rôle à propos des séances annulées ou manquées.
Peut-on voir son psychologue en dehors des séances ?
Il peut arriver de croiser son psychologue dans la vie quotidienne, particulièrement lorsque l’on habite ou travaille dans la même ville.
Cette rencontre peut sembler étrange : une personne que l’on connaît dans un cadre très intime apparaît soudainement dans un supermarché, un restaurant ou dans la rue. Le psychologue doit préserver la confidentialité de la relation thérapeutique. Il peut donc éviter de manifester publiquement qu’il vous connaît et vous laisser décider si vous souhaitez ou non le saluer.
Si une rencontre à l’extérieur vous a mis mal à l’aise, là encore, vous pouvez en parler lors de la séance suivante.
Ce que cette rencontre a provoqué - gêne, curiosité, impression d’intrusion, envie d’en savoir davantage sur son thérapeute - peut parfois être intéressant à comprendre.

Et si j’ai besoin d’un psychologue qui parle davantage ?
C’est une demande parfaitement légitime. La qualité d’une psychothérapie dépend aussi de la rencontre entre les besoins du patient et la manière de travailler du thérapeute.
Certaines personnes apprécient beaucoup un espace peu directif dans lequel elles peuvent librement associer. D’autres ont besoin d’un échange plus soutenu, de questions, de reformulations ou d’un thérapeute davantage engagé verbalement.
Ces besoins peuvent également évoluer au cours d’une thérapie. Avant de conclure que votre psychologue ne vous convient pas, il peut être intéressant de lui dire ce dont vous avez besoin et d’observer ce qui se passe dans cet échange.
Mais si, malgré cette discussion, la manière de travailler proposée reste profondément incompatible avec ce dont vous avez besoin, il est également possible d’envisager un autre accompagnement. J’aborde plus précisément cette question dans mon article « Comment arrêter une psychothérapie ? ».
Le silence comme partie de la relation thérapeutique
Le silence n’est pas l’absence de thérapie. Mais il n’est pas non plus thérapeutique par nature. Il peut permettre de réfléchir, ressentir, associer et découvrir ce qui apparaît lorsque personne ne vient immédiatement remplir l’espace.
Il peut également réveiller la peur du jugement, de l’abandon, du vide ou de ne pas savoir quoi faire.
De la même manière, regarder son psychologue ou détourner les yeux ne possède pas une signification universelle. Ce qui compte est ce qui se passe pour vous dans cette relation particulière.
Un silence devient alors parfois intéressant non seulement pour ce qu’il permet de ressentir, mais aussi parce qu’il peut être pensé à deux. « Pourquoi votre silence me fait-il cet effet ? » Cette question peut finalement devenir beaucoup plus féconde que : « Mon psychologue devrait-il parler davantage ? »

Consulter un psychologue à Lille ou Villeneuve-d’Ascq
Ma pratique associe notamment une écoute clinique et analytique à une posture qui peut également être interactive lorsque cela semble utile au travail. Selon les moments, une séance peut laisser davantage de place au silence, à l’association et à l’expérience émotionnelle ; à d’autres moments, nous pouvons davantage échanger, questionner ou chercher ensemble à mettre du sens sur ce qui se joue.
Je reçois en consultation dans mes cabinets de Lille et de Villeneuve-d’Ascq, ainsi qu’en visioconférence.
Vous pouvez découvrir plus précisément mon approche de psychologue à Lille ou prendre rendez-vous en ligne.



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