Accompagnement au changement selon les théories de la systémie - Palo Alto et Coaching

Ce post poursuit la thématique de l'accompagnement à la résistance au changement. Dans un précédent post il avait été évoqué l'approche selon les thérapies cognitives et comportementales (TCC). Cliquer ici pour lire l'article sur lever la résistance au changement grâce à la psychologie TCC. Ce post est la présentation de la vision de la résistance au changement selon le courant de la systémie d'entreprise, courant de psychologie issue de la pensée de l'école Palo Alto en Californie, courant laissé de côté par les psychologues français et qui s'est principalement développé auprès de coachs professionnels en et de consultants. Cet article compare l'accompagnement à la résistance au changement selon les courants de la systémie à la vision des psychologues TCC (avec la logique du deuil à faire, et du stress inévitable à limiter par la connaissance de facteurs psychologiques clés).


© Tom Fisk - "On ne peut pas séparer un individu du contexte culturel et relationnel dans lequel il évolue" Picard D.


1) Présentation du courant de la psychologie systémicienne

Le courant systémique, trouve une référence incontournable dans l’Ecole de Palo Alto, avec Bateson comme figure remarquée de ce groupe de chercheurs. L’un des fondements de cette approche est que « on ne peut pas séparer un individu du contexte culturel et relationnel dans lequel il évolue ». (Picard D. , 2013) Bien que d’abord développée pour les thérapies familiales, « il apparaît que les organisations offrent de nombreuses analogies avec les familles » (Picard D. , 2013). Cette analogie concerne la création et la gestion des hommes, l’existence d’un lieu de conflictualité autour d’enjeux relationnels, et la présence de réseaux de communication qui ont un rôle direct dans l’évolution de l’organisation (Picard D. & al., 2012). Bien que John Weakland, Paul Watzlawick ou Richard Fisch fassent partie des grandes figures, ce ne sont pas eux qui ont directement impulsé cette approche dans le monde des affaires. On y trouvera plutôt des consultants et des coachs professionnels. (Gill L., 2006)


© Tatiana Syrikova - "la conduite du changement dans la vie professionnelle (...) est complexe" et sa "réussite n'est pas fonction de la quantité d'efforts déployés mais résulte de leur pertinence". Kourilsky


2) La résistance au changement selon la psychologie systémicienne et les thérapies brèves

Pour la systémie, et les thérapies brèves, « la conduite du changement dans la vie professionnelle (…) est complexe » et sa « réussite n’est pas fonction de la quantité d’efforts déployés mais résulte de leur pertinence ». (Kourilsky, 2014) Il convient de donner des permissions car « ce sont davantage des permissions que des solutions que l’intervenant extérieur doit pouvoir donner » (Malarewicz, 2012). En effet le consultant en systémie n’est pas un spécialiste du problème. Sa seule conviction est que « si le problème n’a pas été résolu, c’est que la façon de le voir est inappropriée et que les acteurs ne peuvent, ou n’osent pas, en envisager d’autres » (Picard D. , 2013).


Donc contrairement à l’école des thérapies cognitivistes et comportementalistes (TCC), la systémie défend la thèse qu’il n’est pas nécessaire d’identifier toutes les causes pour faciliter un changement, ni d’établir un guide de bonnes pratiques.


La systémie nous apprend qu’il y a une dimension existentielle, qui intervient dans le vécu et la résistance au changement. Elle nous invite donc à comprendre que :

  1. « la conduite du changement n’est pas qu’une affaire d’épistémologie systémique et constructiviste et de techniques interactionnelles le plus souvent paradoxales », (Kourilsky, 2014)

  2. un changement impacte la « vie intérieure » et chamboule harmonie et conscience.

L’accompagnement au changement se fait donc au-delà des simples techniques qui viserait à rendre « toute intervention prévisible et triviale ». (Kourilsky, 2014) Il s’agit d’aller dans la subjectivité de l’autre, sans jugement, pour y voir ce qui se joue, et permettre un déblocage. Accompagner au changement, nécessite d’accepter que nous n’agissons pas sur une « réalité réelle », et qu’il nous faut donc de l’ouverture d’esprit pour accueillir l’irrationnel.


© Magda Ehlers - "Si les choses ne changent pas, alors change ta façon de voir les choses" Lao Tseu


3) Accompagner au changement selon la systémie

Alors comment accompagner le changement en systémie ? L’une des clés est la technique du « recadrage », afin de répondre au postulat que si le problème n’a pas été résolu c’est qu’il n’est pas regardé correctement (Picard D. , 2013). Recadrer signifie selon la définition de Paul Watzlawick : « changer le point de vue perceptuel, conceptuel et/ou émotionnel à travers lequel une situation donnée est perçue pour la déplacer dans un autre cadre qui s’adapte aussi bien et même mieux aux « faits » concrets de la situation et qui va en changer toute la signification. » Mais avant de recadrer, le systémicien doit s’imprégner de la vision du monde de l’autre afin d’« en réintégrer une partie dans la construction du nouveau cadre proposé. » Accompagner au changement résulte donc d’un recadrage pour regarder la problématique autrement. En réponse à la célèbre phrase de Lao Tseu « les choses ne changent pas, change ta façon de les voir, cela suffit ». (Kourilsky, 2014) Cet accompagnement au changement s’attarde donc sur la perception du réel et son changement, à travers l’individu en lui permettant de changer sa perception.


© Felix Mittermeier - Accompagner au changement résulte donc d’un recadrage pour regarder la problématique autrement.


4) Conclusion

Lors de mes études en psychologie universitaire, j'ai appris à mieux cerner la psychologie du coaching auquel j'ai été formé à HEC Paris. Ce que j'ai aimé dans cette formation, c'était l'aspect opérationnel et technique de l'accompagnement.


Comme évoqué dans cet article, au delà de toute technique qui consisterait à dire ce qu'il faut faire ou pas, le coach est d'abord là pour se synchroniser avec son coaché, accueillir sa vision du réel. Cet étape se fait par l'exposition du problème, et comme on le dit en mathématique : un problème bien posé est déjà à moitié résolu. Une fois bien posé, le systématicien peut accompagner son client à travailler par la projection et la visualisation afin d'envisager de nouveaux possibles, et l'accompagner concrètement à la mise en œuvre de celui-ci.


Vigilance à l'application de la systémie en entreprise : comme évoqué dans l'article sur l'accompagnement à la résistance au changement selon les TCC, la compréhension de techniques pour accompagner le changement, ne se substitue pas à une éthique solide. Comme nous le verrons dans un dernier article sur la résistance au changement selon la clinique de l'activité : si des professionnels résistent, c'est que le travail résiste, et si ce dernier résiste, ce peut-être par conscience professionnelle, denrée rare de nos jours, qu'il convient de chérir et de préserver dans nos entreprises modernes.


Il vaut donc mieux accompagner le changement par l'institutionnalisation de controverses professionnelles, plutôt que de chercher à tout prix à réussir le changement en levant tous les blocages. Faites confiance aux blocages, et cherchez à voir les bonnes raisons qui font que l'activité bloque, faites participer vos salariés à l'évolution du cadre d'entreprise.



Bibliographie sur l'accompagnement au changement selon la systémie

  • Gill, L. (2006). Comment réussir à travailler avec presque tout le monde (éd. initiale de 1999). Paris: Retz.

  • Kourilsky, F. (2014). Du désir au plaisir de changer. (P. 1. InterEditions, Éd.) Paris: Dunod.

  • Malarewicz, J.-a. (2012). Systémique et Entreprise. Paris: Pearson éditions.

  • Picard, D. & al. (2012). Les Conflits relationnels. Paris: P.U.F. "Que sais-je ?".

  • Picard, D. (2013). L'école de Palo Alto. Paris: P.U.F.