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Séance chez le psychologue annulée : pourquoi peut-elle être facturée ?

Photo du rédacteur: Charles CROUZAT
Charles CROUZAT
6 oct. 2021
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 4 sept.

Un rendez-vous chez le psychologue est oublié, annulé au dernier moment ou ne peut finalement pas être honoré. Puis vient parfois une surprise : la séance est malgré tout facturée.


La réaction est compréhensible : pourquoi payer une consultation qui n’a pas eu lieu ? La question mérite une réponse plus nuancée que « toute séance est due ». Lorsqu’un psychologue réserve un rendez-vous, ce créneau est consacré à une personne. Une annulation suffisamment anticipée permet généralement de le proposer à quelqu’un d’autre. Lorsqu’elle intervient au dernier moment, cela devient souvent impossible.


Mais en psychothérapie, cette règle possède également une autre fonction : elle participe au cadre thérapeutique, c’est-à-dire à l’ensemble des repères relativement stables qui organisent la relation - horaires, durée des séances, honoraires, fréquence des rendez-vous, confidentialité et modalités d’annulation. Ce cadre n’a pas vocation à punir.


Il permet au contraire que chacun sache à quoi il s’engage et que la relation thérapeutique puisse rester suffisamment claire, prévisible et sécurisante. Alors, une séance annulée est-elle toujours due ? Pourquoi certains psychologues demandent-ils un délai de 24 ou 48 heures ? Et que faire lorsqu’un véritable imprévu empêche de venir ?


Crédits photo : Pexels
Crédits photo : Pexels

Doit-on payer une séance de psychologue annulée ?


Il n’existe pas une règle unique appliquée de manière identique par tous les psychologues. Chaque professionnel définit les modalités pratiques de son exercice : durée des consultations, honoraires, modalités de paiement, mais également conditions d’annulation et de report des rendez-vous. L’important est que ces règles soient annoncées clairement au patient, idéalement avant ou au début de l’accompagnement.


Dans mon cabinet, un rendez-vous annulé ou reporté suffisamment à l’avance peut être libéré et proposé à une autre personne. En revanche, lorsqu’une annulation ou un report intervient 48 heures ou moins avant le rendez-vous, les honoraires de la séance sont dus, sauf certaines circonstances exceptionnelles prévues dans le cadre de consultation.


Cette règle n’a pas pour fonction de déterminer si la raison de l’absence est « bonne » ou « mauvaise ». Elle permet d’établir à l’avance un repère commun, plutôt que de devoir négocier les conditions du cadre après chaque absence.




Pourquoi une séance annulée tardivement peut-elle être due ?


Le créneau a été réservé pour une personne


Lorsque nous fixons un rendez-vous, je réserve ce temps à la personne que je dois recevoir. Je ne programme pas simultanément plusieurs patients en anticipant que l’un d’eux pourrait annuler. Le créneau devient donc indisponible pour les autres personnes souhaitant consulter.


Une annulation tardive permet difficilement de proposer la place à quelqu’un d’autre


Lorsqu’un rendez-vous est annulé plusieurs jours à l’avance, il est généralement possible de rendre le créneau disponible. À quelques heures ou parfois un jour du rendez-vous, cela devient beaucoup plus difficile.


La facturation d’une séance annulée tardivement tient donc aussi à une réalité très concrète : du temps professionnel avait été réservé et ne peut généralement plus être réattribué. Cette réalité existe chez le psychologue comme chez de nombreux professionnels travaillant sur rendez-vous.



Le cadre permet d’éviter de décider au cas par cas


Une règle claire évite également une situation potentiellement inconfortable : devoir déterminer, pour chaque annulation, si le motif avancé semble suffisamment légitime.

La vie comporte des imprévus, et certaines circonstances sont évidemment exceptionnelles.

Mais lorsque les règles sont définies à l’avance, le psychologue comme le patient savent sur quelle base ils s’engagent. Cela limite les négociations, les malentendus et le sentiment d’une décision arbitraire prise après coup.



Le cadre engage aussi le psychologue


Le cadre thérapeutique n’impose pas seulement des engagements au patient. Lorsque je réserve un rendez-vous, je m’engage moi aussi à être disponible à l’heure convenue, à préserver ce temps pour la personne que je reçois et à lui offrir les meilleures conditions possibles d’écoute et de présence.


Si je devais exceptionnellement annuler une séance, il m’appartiendrait naturellement d’en informer la personne aussi rapidement que possible et de lui proposer une autre possibilité de rendez-vous.


Le cadre prend ainsi son sens lorsqu’il est réciproque : il ne constitue pas simplement une règle imposée par le psychologue au patient, mais un ensemble de repères permettant à chacun de connaître ses engagements.


Crédits photo : pin watt
Crédits photo : pin watt



Pourquoi le cadre est-il important en psychothérapie ?


Une psychothérapie est une relation particulière. Nous pouvons y parler de choses extrêmement personnelles, parfois douloureuses, que nous n’avons jamais confiées ailleurs. Pour permettre cette parole, la relation thérapeutique a besoin d’être suffisamment prévisible.


Le patient sait combien de temps dure la séance. Il connaît les honoraires. Il sait que ce qui est dit est soumis au cadre de confidentialité. Il sait quand aura lieu le prochain rendez-vous et selon quelles modalités il peut le déplacer ou l’annuler.


Ces éléments peuvent sembler administratifs. Pourtant, ensemble, ils dessinent les contours de l’espace thérapeutique. Le cadre permet notamment de différencier la relation thérapeutique d’une relation amicale ou personnelle. Le psychologue n’est pas disponible à tout moment ; le patient n’a pas davantage à deviner ce que le psychologue attend de lui.

Les règles sont autant que possible explicites.


Cette stabilité peut devenir particulièrement importante lorsque l’on vient justement travailler des difficultés relationnelles, des expériences d’insécurité, une peur de décevoir ou une difficulté à poser et à respecter des limites.




Une séance manquée a-t-elle toujours une signification psychologique ?


Non. Oublier un rendez-vous peut simplement arriver. Une erreur d’agenda, une journée particulièrement chargée, une urgence familiale ou professionnelle ne nécessitent pas d’être systématiquement interprétées comme un « acte manqué ». Il serait même problématique de chercher automatiquement une signification psychologique derrière chaque oubli.


Mais il arrive aussi que ce qui se passe autour d’une séance puisse devenir intéressant à penser dans le travail thérapeutique.


  • Pourquoi ai-je eu envie d’annuler précisément cette séance ?

  • Était-il particulièrement difficile de revenir après ce que nous avions abordé la fois précédente ?

  • Ai-je eu peur de décevoir mon psychologue en lui annonçant mon absence ?

  • Pourquoi est-il si difficile pour moi de lui dire que je trouve sa règle injuste ?

  • À l’inverse, pourquoi ai-je immédiatement accepté quelque chose qui m’a pourtant mis en colère ?


Il ne s’agit pas de chercher une signification cachée derrière chaque absence. Mais lorsqu’une situation provoque une émotion importante ou semble reproduire quelque chose que l’on rencontre ailleurs dans sa vie - difficulté à poser une limite, peur du conflit, culpabilité, évitement, difficulté à tenir un engagement - elle peut parfois devenir un matériau intéressant à explorer ensemble.


Le cadre thérapeutique ne sert alors pas à juger ce qui s’est passé. Il offre un espace pour pouvoir en parler.


Crédits photo Pexels
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Que faire si j’ai oublié ou manqué mon rendez-vous chez le psychologue ?


Le plus simple est généralement d’en parler. Un oubli ou une absence ne signifie pas nécessairement que la thérapie est compromise ni que le psychologue va porter un jugement sur son patient.


Si les conditions prévues par le cadre impliquent que la séance soit due, cette question peut être réglée tout en poursuivant normalement le travail. Et si la facturation provoque de l’incompréhension, de la colère ou un sentiment d’injustice, il est également possible d’en parler au psychologue.


Une relation thérapeutique suffisamment solide doit pouvoir accueillir un désaccord. Dire à son psychologue : « Je comprends la règle, mais je me sens malgré tout en colère de devoir payer cette séance » peut être beaucoup plus intéressant que de devoir faire semblant d’être d’accord.


Le psychologue n’a pas besoin que son patient approuve toutes ses décisions. En revanche, il est important que le cadre puisse être suffisamment clair pour que le désaccord lui-même puisse être pensé et exprimé.




Et en cas d’imprévu ou de force majeure ?


Toutes les absences ne se ressemblent évidemment pas.


Une maladie invalidante, un accident, un décès ou certaines situations exceptionnelles peuvent rendre impossible le respect du délai habituel d’annulation. C’est pourquoi les conditions d’annulation gagnent à prévoir clairement la manière dont ces situations sont prises en compte.


Dans mon cadre de consultation, certaines circonstances exceptionnelles peuvent ainsi conduire à ne pas appliquer la facturation habituelle d’une annulation tardive.

L’objectif n’est pas de construire une règle rigide incapable de tenir compte de la réalité.

Il s’agit plutôt d’avoir un principe suffisamment clair pour être prévisible, tout en conservant la possibilité de reconnaître certaines circonstances exceptionnelles.




Pourquoi les règles d’annulation doivent-elles être connues à l’avance ?


Une règle devient beaucoup plus difficile à accepter lorsqu’on la découvre après l’événement.


Si un patient apprend seulement après avoir manqué son rendez-vous que celui-ci doit être réglé, il peut légitimement avoir le sentiment qu’une règle lui est imposée rétroactivement. C’est pourquoi les modalités d’annulation et de facturation devraient être accessibles et communiquées aussi clairement que possible.


Le patient peut alors décider de commencer un accompagnement en connaissant les conditions proposées. Cette transparence protège les deux parties.


Elle protège le psychologue contre l’accumulation de rendez-vous réservés puis annulés au dernier moment. Mais elle protège également le patient contre des décisions variables, imprévisibles ou prises en fonction de l’appréciation personnelle de son motif d’absence.



Peut-on arrêter une psychothérapie plutôt que continuer à payer des rendez-vous ?


Bien entendu. Le cadre thérapeutique constitue un engagement autour des rendez-vous convenus ; il ne signifie pas que le patient soit obligé de poursuivre une psychothérapie qu’il ne souhaite plus continuer.


La décision d’arrêter une thérapie appartient au patient. Lorsque cela est possible, il peut cependant être intéressant d’en parler avec son psychologue plutôt que de simplement cesser de venir. Une dernière séance peut permettre de comprendre ce qui conduit à l’arrêt, de faire le bilan du travail accompli et de terminer la relation thérapeutique d’une manière suffisamment claire pour chacun.


J’aborde plus précisément cette question dans mon article « Comment arrêter une psychothérapie ? ».




Le silence ou l’attitude du psychologue peuvent-ils être discutés ?


Oui. Le cadre ne concerne pas uniquement les horaires et le paiement. La manière dont le psychologue intervient - ou parfois n’intervient pas - fait également partie de l’expérience de la thérapie.


Certains silences peuvent être utiles au travail psychologique. D’autres peuvent être vécus comme inconfortables, frustrants, voire difficiles à comprendre. Là encore, le patient peut en parler.


J’explore plus précisément cette question dans mon article consacré au silence du psychologue dans l’accompagnement thérapeutique.




Le cadre thérapeutique : une protection pour le patient comme pour le psychologue


La facturation d’une séance annulée peut facilement être comprise comme une sanction : « Je ne suis pas venu, donc mon psychologue me fait payer. » Ce n’est pas ainsi que je conçois cette règle.


Le cadre thérapeutique permet surtout d’éviter que les règles de la relation soient constamment redéfinies en fonction des circonstances, des émotions ou des personnes. Le patient sait ce qu’il peut attendre de son psychologue. Le psychologue sait également ce à quoi le patient s’est engagé. Et lorsque quelque chose vient bousculer ce cadre - une absence, une colère, un désaccord, une envie d’arrêter - cela peut être discuté sans que la relation doive nécessairement se rompre.


Un cadre suffisamment stable ne signifie donc pas une relation rigide. Il peut au contraire offrir la sécurité nécessaire pour pouvoir parler librement de ce qui se passe à l’intérieur de cette relation.




Consulter un psychologue à Lille ou Villeneuve-d’Ascq


Je reçois des adultes et adolescents dans mes cabinets de Lille et de Villeneuve-d’Ascq, ainsi qu’en visioconférence.


Le cadre et les modalités pratiques des consultations sont présentés avant la prise de rendez-vous afin que chacun puisse en prendre connaissance avant de s’engager dans un accompagnement.


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