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Ce que je dois laisser libre - Poème pour l’anniversaire d’un amour perdu

Photo du rédacteur: Charles CROUZAT
Charles CROUZAT
20 août
3 min de lecture

Dernière mise à jour : 29 août

Coucher de soleil plage Hossegor - Seignosse le 12 août 2026 : éclipse solaire - Crédits : Crouzat
Coucher de soleil plage Hossegor - Seignosse le 12 août 2026 : éclipse solaire - Crédits : Crouzat

Certains textes demandent à être écrits. D'autres, à être dits. Vous pouvez écouter celui-ci en poursuivant votre lecture.



Ça va être ton anniversaire, et cela m’émeut.


Comment te le souhaiter

quand le plus tendre des présents

est peut-être celui que je ne déposerai pas à ta porte ?


J’y ai pensé longtemps.


Que puis-je t’offrir aujourd’hui

sinon cette distance que tu m’as demandée,

ce silence que parfois je déteste

et que pourtant je garde,

parce qu’il est devenu

une manière de prendre soin de toi ?


Moi, je vais de bas en hauts,

et de hauts en bas,

avec toi partout entre les deux.


Tu traverses mes journées

sans y être.


Comme un membre perdu

dont le corps conserverait la mémoire,

il m’arrive encore de chercher ta présence

là où je sais pourtant

que je ne te trouverai plus.


On le savait.

On se le disait.


Alors je me demande parfois :


comment fait-on pour s’amputer

de quelqu’un que l’on aime ?


Et surtout, mon amour,

j’espère que tu ne t’es pas trop fait mal

en le faisant.


***


J’ai beaucoup cherché à comprendre.


Peut-être trop.


J’ai convoqué Klein,

le bon sein et le mauvais,

les objets que l’on aime

et que l’on attaque précisément

parce qu’ils comptent trop.


Je me suis demandé

si j’étais devenu le mauvais sein,

celui qui frustre,

celui dont il faut se protéger

pour ne plus sentir combien on en dépend.


Je me suis demandé aussi

si tu ne t’étais pas sentie assez aimée,

au milieu même d’un amour immense.


Ou si, au contraire,

être aimée ainsi,

aimer ainsi,

était devenu trop vertigineux.


Mais je ne sais pas.


Et peut-être aimer signifie-t-il aussi cela maintenant :


renoncer à savoir à ta place.


***


Alors je me demande seulement comment tu vas.


Si tu tiens le coup.


Si parfois quelque chose de moi te manque

comme quelque chose de toi me manque.


Si le sein autrefois redouté

redevient quelquefois, dans la solitude,

celui qui avait aussi nourri.


Ou si tu as trouvé ailleurs

une autre source où boire,

une autre chaleur,

un autre monde.


Cette pensée me serre le cœur.


Mais aimer quelqu’un

n’est pas posséder l’endroit

où il vient étancher sa soif.


***


Moi, je t’aime encore.


Voilà la chose la plus simple

au milieu de toutes celles

que j’ai essayé de comprendre.


Je t’aime.


Et puisque je t’aime,

je ne viendrai pas forcer ta porte.


Je ne te demanderai pas

de me rassurer sur ce que nous avons été.


Je ne te demanderai même pas

de porter mon manque.


Je vais essayer de le porter moi-même.


C’est peut-être cela, aujourd’hui,

la forme active de mon amour :


dompter le manque,

traverser le chagrin,

et te laisser malgré tout

la place que tu m’as demandée.


***


J’aurais aimé que nous sachions faire autrement.


Comme Albert et Maria,

reconnaître un jour sans honte :


oui, quelque chose nous lie ;

oui, nous avons besoin l’un de l’autre ;

oui, aimer rend dépendant, vulnérable,

terriblement vivant.


Et peut-être aurions-nous pu

ne plus avoir peur de cela.


Transformer nos projections,

réunir ce que nous avions clivé,

reprendre en nous nos ombres,

apprivoiser cet étranger intérieur

que parfois nous déposons dans l’autre

jusqu’à ne plus reconnaître

celui que nous aimions.


Faire de tout cela

non pas une destruction,

mais une alchimie.


Je ne sais pas si cela aurait été possible.


Je ne sais même plus

si tu le voudrais.


Et cette ignorance aussi,

je dois apprendre à l’aimer.


***


La déchirure est immense.


À la hauteur, peut-être,

de ce que ce lien représentait pour moi.


Et pourtant quelque chose demeure.


Non pas l’attente qui réclame.

Non pas la main qui retient.


Quelque chose de plus silencieux :


la gratitude de t’avoir aimée,

la douleur de t’avoir perdue,

et cet amour qui cherche maintenant

à ne plus rien exiger de toi.


Alors pour ton anniversaire,

je ne déposerai peut-être rien dans tes mains.


Ni fleurs.

Ni promesse.

Ni explication.


Seulement, quelque part où tu ne l’entendras pas,

ces quelques mots :


Joyeux anniversaire, mon amour.


Où que tu sois,

quoi que tu ressentes,

quelle que soit désormais ta route,


je te souhaite d’être heureuse.


Et moi,

je continuerai d’apprendre

à aimer ce qui fut,

ce qui demeure en moi,


et ce que je dois laisser libre.





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