• Charles CROUZAT

Psychologue TCC - Lever la résistance au changement selon les Thérapies Comportementales Cognitives

Chaque courant de psychologie, traite la notion de résistance au changement selon un angle différent. A partir d'un travail bibliographique sur le sujet, je vais vous présenter la différence entre trois courants :

  1. l'approche TCC (Théories Cognitives et Comportementales) - lire l'article ci-dessous,

  2. l'approche Systémique ou Systémicienne (de l'école Palo Alto) donnant lieu au coaching et conseil en entreprise,

  3. l'approche de la Clinique de l'Activité : un courant de psychologie du travail qui gagnerait à être plus connu en entreprises et institutions.

Ce premier article traite de la résistance au changement selon la philosophie des TCC, que l'on connait aussi sous le nom de Thérapies Cognitives et Comportementales. Cette façon de faire face à un changement s'applique aussi bien à notre quotidien pour faire face à la perte d'un être aimé, d'une conception de la vie, que la perte d'un emploi ou de responsabilités. Nous parlons communément de deuil à faire, sans toutefois véritablement savoir si cela est la seule façon de faire. Pour connaître la vision selon la systémie, et la clinique de l'activité, je vous invite à parcourir le blog de psychologie.


© Ketut Subiyanto - Tout changement nous met indéniablement sous stress, anxiété et résistance selon les TCC.


1) La résistance au changement selon les Théories-Comportementales-Cognitives

Les Théories-Comportementales-Cognitives sont nées du rapprochement des Théories Comportementales d’une part, et Cognitive d’autre part. Elles font leurs apparitions avec Albert Ellis et Aaron Beck qui trouvant les thérapies purement comportementales insuffisantes pour travailler sur la dépression, ont considéré qu’il fallait rajouter une approche de psychologie cognitive (Samuel-Lajeunesse, 1998).


Ces théories reposent sur une vision de l’individu parfois isolé de son environnement, contrairement à l’approche systémicienne de Palo Alto (voir article à paraître sur le sujet) qui englobe une vision plus globale.


Lorsque ces théories traitent du bonheur, elles tendent à dire que cela dépend « pour une large part, de notre aptitude à gérer efficacement nos émotions, nos impulsions et nos actions », et que pour « apprendre à bien se gérer (…) il est très utile, voir indispensable, de comprendre certains processus psychologiques » (Van Rillaer, 2012). En d'autres termes, c'est donc l'individu seul, qui est responsable de cette résistance au changement.


Alors comment, selon les psychologues TCC, accompagner un individu à traverser une phase de changement ?


© Andrea Piacquadio - Selon les TCC, le bonheur dépend de moi


2) Un deuil à faire

Tout d’abord le changement peut être vu comme un deuil à réaliser, puisque celui-ci provoque souvent une « perte définitive » d’un objet concret ou abstrait auquel un individu tient. Ce cheminement a été théorisé, en observant certaines grandes étapes lors de la perte d’un être cher. L’individu passe alors par différents stades émotionnels tels que : le déni, la révolte, le marchandage, l’abattement, amenant à une perte d’énergie, avant une remontée d’énergie accompagnée par une intégration et acceptation du changement, reprenant ainsi les travaux de (Kübler-Ross, 2020)


Le deuil est un processus lié à la perte de quelque chose que l’on ne retrouvera pas. Il vise le renoncement et l’intégration qui permettra de passer à autre chose. Cet état est caractérisé par un sentiment de vide et de tristesse. Selon la théorie de la courbe du deuil, le processus ne peut aboutir que lorsque toutes les étapes ont été complétées dans l’ordre. La durée des phases est variable, et ne peut être déterminée. (Gérard-Dominique, 2011)


Le deuil est différent s’il est subi, ou imposé, ce qui peut arriver au travail, lorsque le changement est impulsé par une direction. Selon ces théories, le deuil devient nécessaire lorsque le changement rentre en contradiction avec les aspirations individuelles. Dans ce cas là, les étapes à traverser sont alors : le refus, la résistance, la décompensation, la résignation, l’exploration et l’intégration. Lorsqu’un acteur est bloqué dans une des phases, alors il y a résistance au changement dans le sens où le processus est interrompu et ni l’intégration, ni l’engagement sont possibles. (Gérard-Dominique, 2011).


© Gérard-Dominique - La courbe de la résistance au changement, dans le cadre d'un changement subi


Cette théorie de psychologie nous apprend donc que l’accompagnement au changement se fait par l’accompagnement d’un deuil qui est inévitable, qui nécessite du temps et une écoute pour accompagner la traversée de chacune des phases.


© Andrea Piacquadio - Le changement est un stress qui doit être anticipé et traversé


3) Générateur d'un stress

Une autre approche issue de ces théories, nous présente le changement comme un stress qui doit être anticipé et traversé. En effet, le stress est « la réponse d’adaptation de l’individu face au changement ». (Légeron, 2015) En fonction du type de changement, et de sa perception, le stress, est plus ou moins important. Dans cette théorie, le niveau de stress perçu dépend de l’individu et de ses propres facultés cognitives et comportementales.

Le stress généré lors d’un changement peut être bon ou mauvais. Le bon stress permet la mobilisation de ressources pour faire face à une situation inattendue de façon constructive. Un cas classiquement cité, est celui de la mission spatiale Apollo 13, où les hommes ont dû effectuer un voyage retour, autour de la lune, apriori impossible, alors qu’ils avaient techniquement assez d’oxygène pour seulement 2 hommes durant 2 jours, alors qu’ils étaient 3 hommes pour un voyage retour de 3 jours. Cet exemple illustre une adaptation permise par un stress dit positif (Oddoux, 2011). Le mauvais stress, lui, est présenté comme celui qui inhibe toute action. Selon le modèle de Hans Selye il se présente en haut d’une échelle à trois niveaux. Le premier niveau est celui de la « phase d’alarme » incitant à l’action. Le deuxième niveau, si le stress n’est pas canalisé ou ne trouve pas une réponse adaptée par l’action, conduit à une phase de « résistance » où l’organisme s’adapte à la situation. Si cette phase de résistance perdure trop longtemps, alors elle conduit l’organisme à la 3ème phase, celle de « l’épuisement » où le sujet se retrouve dans une incapacité totale à agir. (Hamilton, 1979)


En entreprise, bien que le changement puisse être justifié dans certains cas pour améliorer ou optimiser la performance il peut s’avérer négatif, au-delà de toute conduite et justification technique, s’il n’est pas bien mené. En effet, selon ces théories, la réussite d’un changement repose principalement sur le facteur humain, car selon les données de l’American Society for Training and Development « lorsque les changements organisationnels n’atteignent pas leurs objectifs, les raisons de cet échec sont liés aux facteurs humains dans 30 à 70% des cas » (Légeron, 2015).


Le succès d’une conduite du changement dépend donc de « la compréhension et connaissance des mécanismes psychologiques d’adaptation au changement » et le « respect de quelques règles fondamentales » qui devraient « être prises en compte systématiquement au cours d’un changement au sein d’une entreprise ». (Légeron, 2015) Il est aussi utile au décideur de comprendre qu’il n’a pas la même perception qu’un exécutant. Si pour lui le changement est évident c’est parce qu’il adopte « une vision intellectuelle » et a souvent plus eu le temps d’y réfléchir en amont. L’exécutant, lui, a « une vision émotionnelle du changement » et « les pieds dans la boue ». (Légeron, 2015)


Il s’ensuit que tout changement ne peut déroger aux règles suivantes :

1) Le changement ne peut pas s’opérer sans douleur,

2) Le changement ne peut pas s’effectuer instantanément,

3) Le changement, même petit, peut susciter de grands problèmes (notion subjective),

4) Même les plus compétents peuvent avoir du mal à s’adapter au changement,

5) Il n’est pas nécessaire, ni forcément possible d’oublier le passé.


© Karolina Grabowska - Selon les TCC, il faut inclure les émotions car elles ont un rôle important dans la relation au stress


4) Conclusion pour accompagner un deuil et lever une résistance au changement

En conclusion, ces théories nous apprennent que pour accompagner un changement efficacement :

1) Il est nécessaire d’accueillir les émotions, car elles ont un rôle important dans la relation au stress.

2) Il faut répondre au besoin émotionnel, pour lever la résistance.

3) Les figures d'autorité (parents, managers) doivent développer l’écoute, et anticiper l’impact d’un changement sur la dimension humaine par la connaissance des mécanismes psychologiques.


© Charles Crouzat - Psychologue Lille, Psychanalyste et Executive Coach


Charles Crouzat est Psychologue à Lille, spécialisé en psychologie du travail et en psychothérapie des profondeurs (influence jungienne). Dans le cadre de sa formation universitaire il a été amené à étudier différents courants de psychologie.


Sa pratique est influencée par les TCC, même s'il ne se revendique pas être un psychologue TCC, préférant une approche humaniste et existentielle, centrée sur la personne comme le propose Carl Rogers. Sa pratique en thérapie brève, peut s'apparenter à une thérapie comportementale et cognitive.


Pour cheminer, et travailler sur vous, vous pouvez prendre RDV en ligne ou m'appeler.



Références bibliographiques de psychologie et psychothérapie :

  • Gérard-Dominique, C. (2011). Présentation eloge du changement - guide pour un changement personnel et professionnel. (V. Mondial, éd.) Pearson.

  • Hamilton, V. &. (1979). Human stress and cognition : an information processing approach. John Wiley & Sons Ltd.

  • Kübler-Ross, A. (2020). Le deuil, un temps à traverser. Consulté le 11 18, 2020, sur EKR France: https://www.ekr-france.fr/le-deuil/le-deuil-un-temps-a-traverser/

  • Légeron, P. (2015). Le Stress au Travail : un enjeu de santé (éd. Ebook 2015). Paris: Odile Jacob.

  • Oddoux, L. (2011). Les cinq dimensions du stress : agir contre le stress fléau, préserver le stress énergie. InterEditions.

  • Samuel-Lajeunesse, B. &.-S. (1998). Manuel de thérapie comportementale et cognitive.

  • Van Rillaer, J. (2012). La nouvelle gestion de soi : Ce qu'il faut faire pour vivre mieux. Wavre, Belgique: Mardaga, "PSY-Emotion, intervention, santé".